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vendredi 20 mars 2020
Le Silence et la peur, Nina Simone et l’Histoire noire-américaine dans un spectacle éclairé et éclairant
 
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mercredi 18 mars 2020
Quand la sculpture contemporaine s’empare du motif animal…
 
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mardi 17 mars 2020
Turner illumine le Musée Jacquemart André de ses peintures et aquarelles en provenance de la Tate
 
Marie Plantin, du Pariscope

Peu importe où l’on est. Ni en présence de qui. Ni de quoi ça parle au juste. Une chose est sûre : on est là et pas ailleurs, happé par le monologue de cet homme attablé qui se vide de ses pensées en une logorrhée vertigineuse tandis que dans le mouvement inverse, il vide un à un les verres alignées par dizaines devant lui. Les mots sortent, comme furieux, s’extraient de son corps comme des entités indépendantes, en un désordre qui dépasse la raison, le sens, la logique. Le geste de boire, lui, se répète à l’identique. Indéfectible. Cet homme s’enfile des verres comme on se jette dans le gosier un shot de vodka, cul sec, sans hésitation. Buvant comme s’il n’y avait pas de lendemain. Se confessant comme s’il n’y avait pas d’oreille pour écouter. Brassant en un même discours en apparence sans queue ni tête, la vie, la mort, la haine, la science, la musique… L’effet est fulgurant. C’est une injection de poésie sonore par intraveineuse. Un réveil en sursaut de zones camouflées de notre cerveau. La langue contemporaine de Rainald Goetz nous parvient dans toute son immédiate violence, sa nécessité d’être incarnée pour exister, ses paradoxes inhérents (noirceur et lumière, folie et clairvoyance, désespoir et intérêt pour le monde, haine éructée et amour entier). Troisième volet d’une trilogie intitulée « Krieg » (« Guerre »), « Kolik » ausculte la conscience d’un individu au bord du miroir, celui qui, au moment de passer de l’autre côté, nous renvoie notre âme en pleine gueule, ses déchets mis de côté et ses questions sans réponses. Travaillé par la langue et la travaillant lui-même, Hubert Colas met en scène ce texte en une épure élaborée où chaque élément de la composition trouve son accomplissement dans la globalité de l’ensemble : frontalité de la scénographie, volume et dessin tracés par le jeu des lumières, émission de la parole, degrés de tension physique de l’acteur. En praticien aguerri de son art et fin connaisseur de la chose écrite, il réfléchit sur la scène l’essence du verbe couché sur le papier par cet auteur radical. Comédien complice, Thierry Raynaud en est le passeur magistral, celui par qui le miracle arrive : la transmission d’un texte difficile, peu aimable et peu audible de prime abord. Sa performance nous laisse soufflé d’admiration. A travers lui, « Kolik » se meut en expérience ultime. Une apocalypse intime.

Emmanuelle Bouchez, du Télérama

[...] A quoi assistons-nous ? Au soliloque d'un homme qui semble se réveiller d'un long coma et rêve sans doute d'y retourner. Et qui teste la résistance des mots qu'il déroule en listes thématiques (la musique, la science, la mort). Ce specta­cle-performance met les nerfs à vif, tant il faut rester vissé au texte pour en vivre l'effet vertigineux. [...]