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Par un tour de magie truqué, la belle Marta disparaît sous les yeux de son époux Calogero. Débutée comme une farce, la comédie d'Eduardo de Filippo, dans un mélange des genres, vire au drame psychologique. Dan Jemmett en propose une version resserrée qui en réduit la notion de temps, les manipulations rhétoriques du magicien Otto -Hervé Pierre, inquiétant et ambigu - et les vertiges métaphysiques de Calogero - Denis Podalydès. Le jaloux ridicule devient victime pitoyable (avec au passage une scène comique irrésistible) avant de basculer dans l'illusion et de s'abîmer dans "sa" réalité.

Arlette Frazier, du Pariscope

Dans cette station balnéaire, tout le monde a l'air de s'ennuyer. Sur la terrasse du grand hôtel, les femmes bavardent, jacassent, les hommes boivent et fument le cigare. Tout paraît tranquille. Le magicien Otto Marvuglia, dont l'heure de gloire est derrière lui, propose, avec sa comparse Zaira, un spectacle assez minable. Au cours de la représentation, il fait disparaître, contre quelques billets, Marta, la femme du très jaloux Calogero Di Spelta. Laquelle profite de ce stratagème pour rejoindre son amant, Mariano d'Albino. Le mage affirme alors au mari cocu et malheureux que sa femme est désormais enfermée dans la petite boîte qu'il lui remet. Calogero accepte cette supposition insensée, et s'accroche à l'idée que sa femme va réapparaître. Pièce à part dans l'œuvre d'Eduardo De Filippo, « La grande magie », avec ses multiples facettes, nous entraîne, jusqu'au vertige, dans des situations où se mêlent le drame et la comédie, où la vie est un jeu et où tout n'est qu'illusion. Belle rencontre et belle complicité entre De Filippo, le Napolitain populaire, farceur, et l'Anglais Dan Jemmet. Décor très réussi de Dick Bird et des comédiens formidables pour ce merveilleux spectacle : Hervé Pierre en magicien savoureux et Claude Mathieu, son acolyte, Judith Chemla, la jeune fille pure, Isabelle Gardien, Cécile Brune, tantôt homme tantôt femme, la ravissante et volage Coralie Zahonéro et son amant, l'impeccable Michel Favory. Loïc Corbery, Jérôme Pouly et Alain Lenglet passent d'un rôle à l'autre avec brio. Enfin, Denis Podalydès, merveilleux Calogero dont la palette de jeu est infinie. Toute la troupe s'amuse et nous amuse pour notre plus grand plaisir.

Marie-Céline Nivière, du Pariscope

Dans cette œuvre magique, Edouardo de Filippo se demande si la vie n’est pas qu’une simple illusion. Pour le magicien, Otto Marvuglia, c’est évident… Tout n’est qu’artifice, supercherie. La vie n’est qu’une vaste scène de théâtre sur laquelle les hommes se débattent. Quant à Calogero Di Spelta, l’homme berné, comprenant que le monde tel qu’il est ne vaut pas celui qu’il a fini par fantasmer, il ne lui reste plus que la folie comme porte de sortie. Dans une mise en scène des plus colorées, plaçant le théâtre dans le théâtre, Dan Jemmett signe un travail d’une grande élégance. L’humour est une contre-pointe à la noirceur du propos, la vie n’est faite que de mensonges et de tromperies, de désillusions… Dans le rôle du magicien, Hervé Pierre est exceptionnel. Tour à tour pathétique et grandiloquent, il incarne à merveille l’artiste à bout de souffle qui n’attend rien du genre humain. Dans le rôle de sa femme, Martine Chevallier, toujours aussi remarquable, prend les couleurs de l’amour absolu, de la résignation, de la tendresse. Denis Podalydès s’enferme avec une grande justesse dans la folie. Isabelle Gardien, Cécile Brune, Eric Génovèse, Alain Lenglet, Coraly Zahonero, Jérôme Pouly, Loïc Corbery, Suliane Brahim sont, à l’image de la Troupe du Français, impeccables.

Manuel Piolat Soleymat, du Terrasse

Cette histoire pourrait ne prêter qu’à rire. Qu’à se moquer gentiment d’un mari crédule (Calogero Di Spelta, Denis Podalydès) qui se laisse trop facilement convaincre que sa femme (Marta, Coraly Zahonero) est enfermée à l’intérieur de la petite boîte que vient de lui remettre un magicien de foire (Otto Marvuglia, Hervé Pierre). On pourrait se dire que le tour que lui joue cette épouse partie rejoindre son amant (Mariano D’Albino, Michel Favory) n’a rien de bien méchant. Mais, ce qui ne devait être qu’une escapade amoureuse d’une quinzaine de minutes se prolonge près de quatre années, quatre années durant lesquelles Calogero se laisse dépérir, ne parvenant pas à dissiper l’illusion dans laquelle l’a plongé le prestidigitateur. Cette histoire s’ouvre en définitive à une forme de maillage extrêmement fin, un maillage fait de liesse et de gravité, de facéties et d’émotion, de paillettes et de profondeurs introspectives. Car tout l’art d’Eduardo de Filippo réside dans cette manière de faire s’entremêler situations bouffonnes et drames personnels, cette manière de nourrir la farce de tragédie et la tragédie de farce. Cette dimension composite, l’auteur napolitain la place au centre de son projet théâtral, caractérisant celui-ci comme « la correspondance idéale entre vie et spectacle, la fusion tantôt harmonieuse, tantôt grinçante, entre rires et larmes, grotesque et sublime ». Sur la scène de la Salle Richelieu, Dan Jemmett offre un cadre de belle facture à ce théâtre éminemment populaire dans lequel les Comédiens-Français plongent avec fougue et bonheur. Car cette "Grande Magie" apparaît avant tout comme un beau spectacle de troupe, un spectacle essentiellement centré sur des acteurs qui le lui rendent bien. Claude Mathieu en pittoresque Assistante de magicien, Cécile Brune en Inspecteur de police, Loïc Corbery en Garçon d’hôtel… Ainsi, quelle que soit l’importance de son rôle, chacun apporte sa touche de brio à la représentation chorale élaborée par le metteur en scène. Au centre de cette distribution à l’investissement sans faille, Hervé Pierre impose une nouvelle fois la singularité de son talent. Cocasse, touchant, facétieux…, le comédien confère au spectacle de Dan Jemmett la poésie et la profondeur d’un grand illusionniste.

Fabienne Pascaud, du Télérama

[...] L'Anglais Dan Jemmet -qu'on a connu d'un style plus hystérique et forcené- déborde d'assassine douceur pour ce spectacle aux trompeuses apparences légères. Ici, les jeunes filles meurent en effet dans un soupir, les êtres se séparent sans en avoir l'air. [...] Hervé Pierre et Denis Podalydès sont magnifiques d’ambiguïté dans cette joute bizarre, bien au-delà du bien et du mal, face à l’insondable mystère d’aimer.

Fabienne Darge, du Monde

Une pièce de De Filippo portée par deux acteurs éblouissants : Denis Podalydès et Hervé Pierre. Et hop ! La Grande Magie semble avoir fait disparaître d'un coup de baguette scintillante les boulets que traîne la Comédie-Française depuis des mois, entre politique hasardeuse et spectacles mi-chèvre mi-chou. Après le beau coup d'éclat de l'entrée au répertoire de l'auteur Michel Vinaver, la maison avait besoin de cette création-là : joyeuse et profonde, portée par deux acteurs éblouissants, Denis Podalydès et Hervé Pierre. La première bonne idée est de faire rentrer au répertoire cette pièce d'Eduardo De Filippo, le plus grand auteur italien du XXe siècle après Pirandello. La deuxième, c'est de l'avoir confiée à un jeune et talentueux metteur en scène. [...] Dan Jemmett met en scène avec une superbe finesse cette pièce qui cache son intelligence derrière son apparente légèreté. [...]