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Plantin, du Pariscope

D’emblée, en pénétrant l’espace de représentation imaginé par Daniel Jeanneteau, le spectateur est saisi. Impossible de distinguer les contours de la salle, baignée d’un brouillard blanc cotonneux. Du reste, rien n’augure le face à face ordinaire entre public et scène. Le plateau ici est aboli ou plutôt il est partout, s’infiltrant dans les interstices d’un territoire partagé. Spectateur lambda, acteur amateur ou professionnel (car le metteur en scène a ici fait le choix de mélanger les deux, accentuant ainsi d’autant plus la mixité du dispositif), sont au coude à coude, assis sur des chaises pliables, neutres, dispersées en tous sens, toutes directions, formant un agglomérat de présences, dont on ne sait qui est qui. Car dans ce contexte, chacun est susceptible de prendre la parole, son voisin de gauche, sa voisine de derrière, cet anonyme là-bas un peu plus loin. Tout le monde est à vue, en permanence, pris dans le champ de vision des autres, observateur au cœur de l’aventure, immergé, pris au piège aussi. Chacun devient alors acteur sans le vouloir car partie prenante de ce décor humain dont il est l’une des composantes, pris dans les mailles de ce réseau de regards à l’infini. Au fur et à mesure que les comédiens prennent la parole, dévoilant petit à petit la communauté d’interprètes, se dévoile l’enjeu de la pièce, l’une des plus épurées de Maeterlinck : douze aveugles, perdus dans la forêt, attendent, inquiets, le retour du prêtre qui leur servait de guide. Celui-ci a disparu depuis quelques heures et ne donne plus signe de vie. L’angoisse monte, palpable. La parole devient un lien indispensable entre eux qui n’y voient pas, pour palier leur irréductible solitude. Elle s’impose dans sa banalité primaire, en phrases simples, rebondissant d’une bouche à une autre, d’un côté à l’autre de l’espace, circulant entre les spectateurs dans une promiscuité maximale. Tout est là, dans l’épure de dialogues qui, peu à peu, dévoilent l’irrémédiable situation, propagent une incommensurable détresse chez ces êtres dépourvus d’un sens qui les prive de leur autonomie. Ils sont livrés à eux-mêmes et sont lucides sur leur sort. Ils savent que seuls, ils ne pourront pas s’en sortir. C’est une pièce traquenard et Daniel Jeanneteau le matérialise dans son dispositif scénographique d’une pertinence lumineuse, accentué par un travail remarquable sur le son réalisé en collaboration avec l’IRCAM. C’est le compositeur Alain Mahé qui est à l’origine de cet environnement sonore à la fois concret et abstrait, fabriqué en partie en direct et diffusé en temps réel à partir de haut-parleurs dispersés dans l’espace. La bande son s’immisce ainsi à l’intérieur de l’aire de jeu autant qu’elle nous enveloppe et contribue à cette impression d’immersion générale. L’effet opère admirablement. On est dedans, témoin intime et partenaire de ces êtres condamnés. Il y a, comme dans toute l’œuvre de Maeterlinck, une dimension métaphysique indéniable qui porte l’enjeu de la pièce au-delà de la situation en elle-même. Ces aveugles sont presque des fantômes, dans cette lumière blafarde et irréelle, et pourtant la confrontation avec la mort les rends intensément vivants. Une expérience que l’on partage de plain-pied avec eux, sans filets, sans sortie de secours, sans esquive possible. Pleinement.