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Hélène Kuttner, du Pariscope

La rumeur enflait déjà à Avignon que le spectacle fleuve du jeune Julien Gosselin, 26 ans, paradait sur tous les réseaux sociaux, Facebook ou Tweeter. Ces « Particules élémentaires » de Michel Houellebecq, roman fleuve des années 90 adapté aujourd’hui par Julien Gosselin, allaient être le spectacle qu’il fallait voir, le souffle d’air frais du Festival d’Avignon 2013 porté par une jeunesse en ébullition, une troupe de comédiens issus de l’école de théâtre de Lille en train de vivre aujourd’hui, grâce à un travail magnifique, un très beau rêve. Quatre heures de spectacle fleuve qui retrace les quarante dernières années de nos existences, à travers le récit de deux frères, Michel le scientifique et Bruno le poète noceur, cernés cruellement par la plume acide, ironique et terriblement réaliste de Michel Houellebecq et rendus vivants, ainsi qu’une faune de personnages par l’incarnation fiévreuse d’une dizaine de comédiens. Dans un espace totalement vide, surplombé de fauteuils et de bureaux au design vaguement seventies, garni en son centre de pelouse artificielle, un narrateur ressemblant à l’auteur, parka et clope au bec, prend la parole. Peu à peu, il fait revivre les personnages du roman, tandis que la musique électronique est interprétée en direct sur la scène par les acteurs, et que les séquences filmées en vidéo accentuent l’aspect entomologiste, scientifique de cette étude de mœurs à la Balzac. Du début des années 60 à la révolution sexuelle de 1968, du féminisme des années 70 à l’individualisme des années 80 jusqu’au règne de la finance des années 90, le théâtre se fait cinéma, radio, presse, anecdotes de vies reconstituées par la grâce et l’énergie superbes de Guillaume Bachelé, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Alexandre Lecroc, Marine de Missolz, Caroline Mounier, Victoria Quesnel et Thiphaine Raffier. Munis d’un micro et dans un engagement physique total ou en posture karmique dans un atelier de Hata-Yoga d’une communauté new-age, l’une des scène les plus drôles du spectacle, ils sont émouvants et drôles, parfois déchirants de sincérité comme dans la scène de rupture d’un couple dont la jeune femme crie son désir désespéré d’enfant. Du coup, à tous ceux qui n’avaient pas forcément aimé le livre et à ceux qui le découvrent, le spectacle jette un éclairage passionnant sur la prose et les idées de Houellebecq. Il nous parle de notre monde et de la dérive de ses idéaux, de la récupération de l’hédonisme de mai 68 en individualisme forcené menant à la misère sexuelle, liant les ravages du libéralisme économique à ceux du libéralisme sexuel. Finalement, c’est l’humanité qui fait la réussite de ce spectacle, en nous décrivant la perte d’un monde basé sur l’amour et le lien social, remplacé par un monde parfait et amoral ou les serial- killers sont légion. Le « Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley, en guise de consolation, à moins de finir sa vie, comme Michel le héros, sur la pointe la plus sauvage et la plus occidentale de l’Europe, à Clifden, dans les brumes mouvantes et scintillantes d’Irlande.