Actualités
vendredi 19 juillet 2019
Berthe Morisot exposée dans le temple de l’Impressionnisme
 
Actualités
jeudi 18 juillet 2019
Paris Plages, palmiers, farniente et activités gratuites au bord de l’eau tout l’été
 
Diaporama
jeudi 18 juillet 2019
Le Bistrot Valois, cuisine traditionnelle dans un écrin de rêve au cœur du patrimoine parisien
 
Marie Plantin, du Pariscope

Frédérique Loliée et Elise Vigier nous entrainent dans une spirale implacable, à la fois irrésistiblement drôle et inquiétante, celle de la folie ordinaire. Celle qu’on ne soupçonne pas et dont on ne se méfie pas mais qui est bien là, latente, qui couve dans nos modes de vie infernaux, et pointe son nez dans nos expressions figées, souvent absurdes, dans nos stéréotypes ancrés. Celle qui s’insinue dans les mots que nous employons, presque malgré nous, qui nous révèle aux autres et nous entraîne sur une pente glissante, vertigineuse, dangereuse peut-être. Si elles forment un duo de comédie impayable, déjà testé dans leur premier opus, "Duetto 5 –Toute ma vie j’ai été une femme", Frédérique Loliée et Elise Vigier (du passionnant collectif Les Lucioles) n’en sont pas moins trois. L’écrivain Leslie Kaplan est le troisième larron de cette foire à l’empoignade verbale, aux dialogues qui dérapent, au réel qui échappe. Elle a conçu ce texte (son deuxième écrit théâtral et sa deuxième collaboration directe avec les comédiennes) en simultanéité avec le travail du plateau autour d’une réflexion commune autour des mots, des femmes, de la ville et de la folie. Dans une scénographie géométrique et léchée, sur laquelle viennent s’apposer les vidéos puissantes de Romain Tanguy, les deux comédiennes entreprennent une joute verbale insensée, un cheminement sinueux dans le langage quotidien doublé d’un parcours physique qui engage le corps entier et entraîne dans son sillon une collection d’images représentatives de la folie. La prestation de Frédérique Loliée et Elise Vigier surprend par l’amplitude de jeu déployée car si elles démarrent le spectacle en badinant, c’est sur un tout autre ton qu’il se finit. Empreint d’une gravité insoupçonnée. On aime la vivacité de leur échange, ce rythme ping-pong qui raye toute psychologie de leurs propos, leur façon d’aller jusqu’au bout de l’extravagance sans complexe et sans peur. Quant au texte lui-même, s’il démarre sur les chapeaux de roue et nous emporte dans son flux tendu doux-dingue confinant à la poésie, à force de traquer la folie dans le verbe, il vrille tant et se dilate à tel point qu’il finit par nous perdre en cours de route et nous laisser flottant et perplexe, sans trop savoir comment rattraper le fil. On sort de ce tourbillon dans un état ambivalent, avec l’impression d’avoir plongé mais le léger regret d’une immersion incomplète.

Annie Chenieux, du Journal du dimanche

C‘est un texte haché, comme un langage du quotidien, écrit par Leslie Kaplan pour deux comédiennes-metteuses en scène : Frédérique Loliée et Elise Vigier, qui ont une place à part dans l’univers théâtral, notamment par leur façon de s’approprier la scène. Avec elles deux, le plateau devient un élément à part entière de l’écriture. [...]