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Manuel Piolat Soleymat, du Terrasse

Près de quinze ans après la première version de "Talking Heads", Laurent Pelly revient à l’humour sombre et grinçant d’Alan Bennett. Il le fait en compagnie de Christine Brücher, Charlotte Clamens et Nathalie Krebs, les trois comédiennes qui interprétaient le spectacle créé au Théâtre Paris-Villette, en 1993. Mais, si le titre et la distribution de cette nouvelle production restent inchangés, un seul des monologues composant le projet initial ("Une Femme sans importance") fait partie de la représentation aujourd’hui mise en scène au Théâtre du Rond-Point. "Un Lit parmi les lentilles" et "Une Femme de lettres" ont en effet cédé leur place à "Nuits dans les jardins d’Espagne" et "Femme avec pédicure". Ce "Talking Heads" version 2009 présente ainsi deux nouveaux textes du dramaturge britannique, textes aux inflexions humoristiques qui envisagent la solitude de femmes ordinaires dont la vie mêle insolite, fantasque et gravité. Des femmes que l’on croit tout d’abord sans histoire, mais qui révèlent peu à peu les ombres et les craquelures de leur existence routinière. Empêchements intimes et poids des conventions Pour rendre compte des empêchements intimes, du poids des conventions, d’une forme d’inconsistance du quotidien, Laurent Pelly centre sa mise en scène sur divers pans tronqués de décors réalistes. Un bout de bureau, de cuisine, de salle de bain… Cette succession d’images de la vie de tous les jours, de gros plans colorés, stéréotypés, offre un cadre séduisant et efficace aux confessions d’une petite employée de bureau sans fantaisie, d’une ménagère obsédée par le jardinage, d’une vendeuse de grand magasin férue de pédicurie. Eclairant l’étroitesse de leur existence, ces trois Madame Tout-le-monde prennent corps sur scène à travers des performances quelque peu inégales. C’est surtout Mlle Fozzard, quinquagénaire brillamment interprétée par Charlotte Clamens, que l’on retiendra de ce spectacle. Une quinquagénaire touchante, singulière, à laquelle la comédienne confère une profondeur qui manque parfois aux deux autres personnages. Allant bien au-delà de la justesse illustrative, Charlotte Clamens donne corps au moment de théâtre le plus pénétrant, le plus abouti de cette nouvelle version de "Talking Heads".

Dimitri Denorme, du Pariscope

Avec « Une femme sans importance », « Nuits dans les jardins d'Espagne » et « Femme avec pédicure », Christine Brücher, Nathalie Krebs et Charlotte Clamens nous emmènent à la découverte du destin étrange, surprenant ou pitoyable de femmes ordinaires. L'une après l'autre, les comédiennes explorent l'univers de ces voix dans le miroir du public. Peggy, Rosemary et Miss Fozzard appartiennent toutes trois à la classe moyenne anglaise. Elles ont une vie que l'on devine normale, sans bonheurs excessifs ni drames insurmontables. Mais un jour, un petit grain de sable vient malicieusement enrayer la machine trop bien huilée… Pour la première, Peggy, l'employée de bureau à la vie réglée comme du papier à musique, c'est la maladie qui fait soudain irruption. Rosemary, la seconde, est rattrapée par un sordide fait divers qui va la forcer à ouvrir les yeux qu'elle gardait jusqu'à présent soigneusement fermés sur sa triste vie. Quant à Miss Frozzard, vendeuse de grand magasin, c'est un changement de pédicure qui vient perturber son quotidien. C'est à ce moment précis, celui où le vernis de leurs existences routinières se craquelle, que l'auteur Allan Bennett frappe à leur porte. Elles ouvrent sans se méfier et se transforment presque ingénument en « moulins à paroles ». On les écoute religieusement, ces femmes à qui on n'avait peut-être jamais donné jusqu'alors la possibilité de s'exprimer. Comme trois facettes de la solitude, leurs monologues captent les égarements, angoisses, petitesses et fantasmes de personnages singuliers, au bord du désespoir et pourtant comiques. Instantané de vie, parenthèse amère et ironique, mise à nu subtile et poignante, chaque récit est pimenté d'un humour sombre, grinçant et désarmant de réalisme. Il est ardu de restituer au mieux l'humour anglais dans notre langue. La traduction de Jean-Marie Besset fait fi de cette difficulté pour rendre toute la finesse, la subtilité, la cruauté et la tension des mots de Bennett. A l'origine, ces récits ont été écrits pour la télévision. Laurent Pelly a donc opté pour une scénographie mouvante jouant sur les codes cinématographiques du travelling et des gros plans. C'est à la fois judicieux et impeccable, la dynamique scénique rehaussant toute la richesse dramaturgique du spectacle. Le décor de Chantal Thomas est une belle réussite. Sur scène, Christine Brücher, Nathalie Krebs et Charlotte Clamens sont éblouissantes. Avec un immense talent, elles laissent éclater rire et émotion et transcendent la vie de leurs personnages pour nous offrir un moment de théâtre d'une extrême qualité à ne surtout pas manquer.

La rédaction de Pariscope, du Pariscope

Trois portraits de femmes, trois histoires, trois solitudes. Le décor se découpe en plans quasi cinématographiques pour suivre Peggy, employée dérisoire et tatillonne "qui n'a jamais rien" et comble le vide de son existence par un flot de paroles insignifiantes. C'est ensuite le quotidien de Rosemary, puis de miss Fozzard, aux étonnants rebondissements. De sa plume caustique et acérée, l'Anglais Alan Bennett (traduit par Jean-Marie Besset) traque l'envers des apparences. Il est relayé par l'esprit de la mise en scène de Laurent Pelly et la scénographie savante, géométrique et colorée, de Chantal Thomas, une réussite. Christine Brücher, Nathalie Krebs, Charlotte Clamens sont remarquables dans l'humour et le non-dit comme dans la découverte de l'étrangeté de leur réalité.

La rédaction de Pariscope, du Pariscope

Mieux vaut être prévenu : on n'entre pas chez Alan Bennett comme dans un moulin. C'est âpre, radical, dès le début saisissant. Mais ces soliloques au féminin sont irrésistibles. Humour british, pince-sans-rire et saignant garanti. Il n'est pas fils de boucher par hasard ! Espion hors pair d'une Angleterre qui porte son spleen très près du corps, ce dramaturge de 75 ans tutoie ici l'excellence. Son rayon ? Extraire du quotidien le plus morne une sève théâtrale acerbe, raconter en douce l'envers du décor. Un peu comme les biscuits anglais au gingembre : on ne sent d'abord que le sucre, puis l'épice picote le palais en traître ! On peut donc lui faire confiance pour démasquer la sottise, observer les coulisses de vies anonymes, l'usure des jours, la forfaiture de la maladie, les amours qui nous usent et nous abusent. Un magnifique royaume des solitudes. Codirecteur avec Agathe Mélinant du Théâtre National de Toulouse, Laurent Pelly ne s'y est pas trompé : il crée une première version de "Talking Heads" ("Moulins à paroles") au Théâtre Paris-Villette en 1994, puis une autre au Rond-Point avec d'autres personnages (sauf un, le plus tragique : "La Femme sans importance"). Gros succès franchement pas volé si l'on en juge par ce formidable uppercut théâtral. Virtuose de la mise en scène, Pelly met bout à bout ces tranches de vie ternes, à travers le quotidien heurté de trois femmes ordinaires, froissées par la souffrance, le non-dit, la solitude. Autant d'êtres bien trop étales pour n'être que ce qu'ils paraissent. Toutes se débattent avec le bourbier commun : la belle violence de vivre et d'aimer. La première (Christine Brücher) incarne une employée de bureau coincée dans un océan de convenances avant d'être grignotée par un cancer. La seconde (Nathalie Krebs) est une obsédée de jardinage découvrant que son mari s'adonne à des soirées spéciales. Avec la troisième (Charlotte Clamens), nous plongeons enfin dans le monde de la podologie. Grâce à ce casting radieux (trois comédiennes du haut du panier), au texte français de Jean-Marie Besset ainsi qu'aux formidables décors mobiles de Chantal Thomas, on ne lâche pas un instant des yeux ces héroïnes intranquilles. Toutes nos certitudes vacillent, hormis celle de tenir là un spectacle dont la force de frappe se nourrit des brumes de nos propres angoisses. "Talking Heads" est à l'affiche jusqu'au 18 juillet, et ce sera tant pis pour ceux qui le négligeront.

Sylviane Bernard-Gresh, du Télérama

Trois monologues, trois vies, trois comédiennes épatantes (Christine Brücher, Nathalie Krebs, Charlotte Clamens). Laurent Pelly tisse avec habilité, sensibilité et une grande rigueur les trois voix de cette tragédie du quotidien, écrite avec un humour très anglais par l'auteur Alan Bennett. C'est à la fois froid, cinglant et très drôle. Le metteur en scène multiplie les trouvailles scéniques de cadrages, de points de vue qui rendent sensibles l'enfermement et la solitude : la première femme est une employée de bureau dont l'espace est compris entre son entreprise et son lit d'hôpital, la deuxième respire un peu mieux, avec l'amitié de sa voisine emprisonnée pour l'assassinat de son mari, la troisième, condamnée à soigner son frère, découvre la vie en partageant les fantasmes de son podologue. Le destin de ces trois "ménagères de plus de 50 ans" en dit long sur la solitude des femmes dans les banlieues ordinaires. Trois destins qui font rire jaune.

Fabienne Pascaud, du Télérama

L'anglais Alan Bennett, 75 ans, avait d'abord imaginé ces monologues au féminin pour la télévision. En gros plans. Autant de portraits de femmes ordinaires, tendance solitaires et courageuses, affrontant, le sourire vaillant, un quotidien difficile. Et voilà que l'inventif patron du Théâtre National de Toulouse, Laurent Pelly, eut envie de faire théâtre de cette pâte humaine remarquable de souffrance tue et d'humour affiché, très british. Une première fois au Théâtre Paris-Villette, en 1994, une autre au Rond-Point avec d'autres personnages (sauf un). Succès fou de drôlerie et de finesse de jeu. Il en faut en effet aux comédiennes -Christine Brücher, Nathalie Krebs, Charlotte Clamens- pour camper ces tempéraments aux antipodes mais que réunit une même innocence résignée face à la dureté anonyme des choses, des autres. La première incarne l'employée sans histoire, vieille fille plutôt rigolote, qu'attaque soudain un cancer et qui meurt sans bruit, sans amis. La deuxième, une épouse ni heureuse ni malheureuse, juste à côté de son couple, et qui se prend d'amitié pour sa voisine qui, elle, a franchi le pas, assassinant son mari. La troisième -feu d'artifice final magistralement incarné par Charlotte Clamens-, une vendeuse volontaire, victime sans le savoir (?) de son pédicure fétichiste. Dans de sophistiqués décors signés Chantal Thomas -mi-studio télé, mi-cauchemar éveillé, entre réalisme et fantastique-, Laurent Pelly trouve toujours le juste ton entre chagrin et rire, souffrance et dérision, explore la frontière fluctuante, hasardeuse, entre rêver sa vie et la vivre. L'exercice est éblouissant, les comédiennes aussi.