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Arnaud Desplechin ouvre la saison de la Cinémathèque Française

Tandis que le sombre et superbe “Roubaix, une lumière”, sorti en salle la semaine dernière, inonde les écrans de sa noirceur sociale autant que de son humanité tenace, la Cinémathèque Française ouvre sa saison 2019-2020 avec une rétrospective consacrée à Arnaud Desplechin qui le mérite bien.
L’avantage avec les rétrospectives dédiées à des réalisateurs français vivants, c’est qu’ils répondent le plus souvent présents pour présenter leurs propres film, ce qui constitue toujours une plus-value non négligeable à la rediffusion sur grand écran de leur filmographie. Un préambule au plus près de l’œuvre projetée, amorcée par les mots de celui qui l’a réalisée et lui prête un écho, parfois longtemps après, riche du hiatus temporel qui s’est immiscé entre le créateur et sa création. Ainsi, Arnaud Desplechin assurera l’introduction de chaque séance de ce cycle qui remonte à ses tous premiers films et donc à l’orée des années 1990 avec “La Vie des morts”, moyen-métrage annonçant les motifs phares de son cinéma. L’autre bonne nouvelle bien sûr, c’est la rétrospective en elle-même qui permet de reconsidérer chaque film du cinéaste dans le cadre d’une œuvre globale, singulière et pertinente, habitée inexorablement d’un double mouvement contradictoire et passionnant, vers le réel brut et brutal d’une part, vers le fantasme d’autre part, les secrets, les fantômes, l’au-delà, le mystère irrésoluble de nos existences venant souvent créer le contrepoint avec une approche crue de nos réalités, qu’elles soient familiales, amoureuses, relationnelles en général.

Si ses films ne sont jamais psychologiques à proprement parler, dépassant le poncif du genre, ils sont tout de même fortement imprégnés de névroses plus ou moins ravageuses, traitées avec fluidité sur le mode dramatique ou comique. Les films d’Arnaud Desplechin ne se catégorisent pas quand bien même certaines influences peuvent se faire sentir mais ils échappent tant au formatage que la circulation interne entre les genres serait ce qui les définit le mieux. Avec “Roubaix, une lumière”, le réalisateur opère d’ailleurs un virage franc du côté du polar mais c’est encore autre chose qui se joue au-delà de l’enquête policière menée par Roschdy Zem, nouveau venu dans son sérail d’acteurs. Avec ce dernier film, le cinéaste filme le Nord comme il ne l’avait jamais fait auparavant. La ville y tient une place prépondérante, au même titre que les personnages principaux du film. Elle ne fait pas office de simple décor, elle est sa raison d’être. Quant à la distribution justement, Léa Seydoux et Sarah Forestier rejoignent elles aussi pour la première fois la “bande", le cinéma de Desplechin étant traversé de têtes récurrentes et fidèles, noyaux durs de son univers, que ce soit Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos, Catherine Deneuve, Emmanuel Salinger…

Le cinéma de Desplechin est le théâtre cathartique de conflits archaïques qui viennent se nicher dans les relations familiales et amoureuses, l’écrin où l’intime se frictionne avec le monde extérieur et l’autobiographie avec la fiction, où le romanesque trouve toujours le moyen de s’immiscer. Un univers à nul autre pareil empoigné par des acteurs vibrants d’une intensité farouche et magnifiés par un sens du cadre et de la mise en scène remarquable.

La rétrospective de la Cinémathèque vous offre une occasion en or de voir ou revoir ces films puissants qui viennent nous chercher loin et profond.


Par Marie Plantin

Rétrospective Arnaud Desplechin
Du 28 août au 19 septembre 2019
A la Cinémathèque Française
51 Rue de Bercy
75012 Paris