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Béatrice Bonnafous, sa peinture ardente s’expose à la Fabrique du 222

Evolution et constance, liberté et cohérence, flamboiement et circulation, l’œuvre picturale de Béatrice Bonnafous irradie une maturité radieuse et fertile, non exempte de tumultes et de gravité. L’exposition actuelle que lui consacre la Fabrique du 222, dans la galerie du Couvent des Dominicains, en témoigne, dans un cadre qui lui sied merveilleusement.

Voici une exposition précieuse et cachée, à l’abri du brouhaha urbain, du rythme effréné de l’époque, échappée de l’agitation du monde, en retrait. Hors du temps et du siècle. Pour découvrir “Un Temps d’arrêt”, il faut pousser la large porte du 222 de la rue du Faubourg Saint-Honoré, traverser l’immeuble de façade pour pénétrer dans l’enceinte du couvent des Dominicains. Aller voir de l’autre côté, le versant du silence, l’envers de la médaille. Plonger dans les entrailles. Se dépouiller du superflu pour entrer dans la peinture. Car l’œuvre de Béatrice Bonnafous, peintre au geste large venu de loin, du fond d’elle-même, si elle interpelle et accroche le regard immédiatement, demande néanmoins qu’on s’y attarde, qu’on y revienne, pour mieux infuser sa matérialité dense, tantôt noueuse et tumultueuse, tantôt lisse et épanouie, toujours compacte et puissante, son amplitude centrifuge qui n’a d’égale que sa condensation bouillonnante, ce mouvement intense qui la sous-tend, cette dynamique interne qui fait du jaillissement son impulsion première, sa source vive et vitale, essentiellement à l’œuvre dans la série des Verticales et des Ascendantes qui s’insère à la perfection sur les parcelles de murs entrecoupés de fenêtres, face aux météores, ces toiles imposantes qui font s’engouffrer le cosmos dans le cadre de la toile. Solaire, volcanique, terrienne, calcaire, aquatique, la peinture de Béatrice Bonnafous est nourrie d’un flux continu, d’une flamme toujours ardente, que le parcours de l’exposition prolonge et renouvelle, conviant le visiteur à une déambulation en dialogue avec le déroulé des toiles le long des couloirs du cloître, une promenade propice à entrer en contact avec la cohérence d’ensemble de cette œuvre intime et universelle, cyclique et obsessionnelle, qui se révèle progressivement et infuse sa vibration, sa palpitation, sa pulsation.

Outre l’importance essentielle du mouvement qui habite chaque toile et la globalité de l’œuvre, la couleur y est prépondérante, radieuse, généreuse et heureuse. Car qu’est-ce que la peinture sinon la couleur comme réalité première ? Chez Béatrice Bonnafous la couleur est matière autant que lumière. Elle est surface opaque, écran de projection, traversée. Elle irrigue le support-toile et dans sa pluralité contrastée, ses chromatismes amples, ayant le goût des tonalités chaudes et froides, lui confère son identité singulière, son tempérament propre, tempétueux ou apaisé, d’eau, de terre, d’air ou de feu. L’abstraction ici s’habille de formes identifiables certes mais ne tend jamais à la figuration, trop anecdotique comparé à la démarche de l’artiste qui vise directement, semble-t-il, à une certaine quintessence de la perception, une intériorité sensorielle et sensuelle. Si objet il y a, c’est une coupe, pleine, il va de soi. Si forme humaine il y a, c’est une femme, la silhouette d’une Vénus primitive, ou celle d’un couple, l’un dans l’autre confondu, l’homme et la femme comme à  l'aube de l’humanité. L’heure est au dépouillement. Seule reste la substantifique substance. Qui n’en est que plus prégnante. Car les objets, les êtres, les éléments, ne s’arrêtent pas à leurs contours. La peinture avale tout en une unité cosmique et métaphysique. Elle concentre et condense. Les couches se superposent, transparaissent les unes les autres à l’état de traces qui attirent le regard. Chaque toile fonctionne en révélations et disparitions. Tantôt c’est un léger affleurement, tantôt une apparition vive, une touche de couleur comme échappée du geste précédent.

La peinture de Béatrice Bonnafous côtoie le mystère originel, la lumière et l’infini. Et nous y invite aussi.
 

Par Marie Plantin


Béatrice Bonnafous
Un Temps d’arrêt
Du 24 janvier au 14 février 2019
A la Fabrique du 222
Couvent des Dominicains
222 Rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris
Entrée libre
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