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Berthe Morisot exposée dans le temple de l’Impressionnisme

Le Musée d’Orsay déploie actuellement une exposition ambitieuse et riche exclusivement consacrée à l’œuvre de Berthe Morisot, centrée sur ses portraits et figures. Une occasion en or pour plonger dans la peinture impressionniste de cette femme de tempérament. 
Elle est l’une des figures majeures de l’Impressionnisme, au même titre que Manet, Renoir, Degas, Monet et consorts. Mais Berthe Morisot était une femme et l’Histoire a souvent la mémoire courte à leur sujet. Se frayer un chemin et une place reconnue dans le petit monde masculin de la peinture du XIXème siècle n’était pas chose aisée et il fallait la ténacité et la trempe de cette artiste prête à en découdre avec ses confrères pour parvenir à imposer non seulement son professionnalisme mais également son style, ses sujets, sa patte, ses choix esthétiques en somme. Le Musée d’Orsay rend hommage à cette peintre magistrale via une exposition monographique riche de très nombreuses toiles en provenance de musées du monde entier (Chicago, Londres, Copenhague, Tokyo, New-York, Stockholm, Madrid…) et de collections particulières, la première depuis la rétrospective que lui consacra l’Orangerie en 1941 et depuis l’ouverture d'Orsay en 1986. Cette exposition est donc un événement et l’on ne doute pas que le public saura répondre à son ampleur. 

Axée sur les tableaux de figures et de portraits, l’exposition suit un parcours à la fois chronologique et thématique en huit étapes comme autant de mises au point sur un aspect de son travail : portraits de femmes et d’enfants, scènes de la vie quotidienne, intimité de la toilette, moments de détente au jardin, travail domestique féminin, s’ils se cantonnent essentiellement à la sphère privée, les tableaux de Berthe Morisot n’en captent pas moins l’époque via ses coutumes et costumes, notamment les robes et accessoires féminins (ombrelle, éventail, chapeau…) qui peuplent ses toiles d’étoffes et tissus, reflet de la mode bourgeoise telle qu’en vogue dans la seconde moitié du XIXème siècle. Issus de sa famille (sœurs, nièce, mari ou fille) ou professionnelles, ses modèles posent souvent dans des intérieurs ouverts sur l’extérieur (à proximité d’une porte ou d’une fenêtre, sous la veranda) si bien que lumière naturelle et verdure s’immiscent souvent dans l’intimité de ses toiles quand elle ne peint pas des scènes de plein air, portée par cet élan impressionniste d’aller puiser sur place ses sources d’inspiration, de capter en direct le frémissement de la nature et les jeux du soleil dans le paysage. C’est aussi une manière d’aborder l’enjeu de la figure dans l’espace sur des échelles différentes et les expérimentations de l’artiste dans les cadrages ainsi que la liberté de sa technique témoignent d’un regard neuf, assis sur une maîtrise sûre de ses outils et supports (huile sur toile ou pastel sur papier). Berthe Morisot connaît ses classiques et ses pairs, elle ne les ignore pas mais trace sa voie sans chercher à imiter quiconque, sûre de sa vocation autant que de son talent.

Et si cela ne saute pas aux yeux au premier coup d’œil, son œuvre est d’une audace folle pour qui s’y aventure d’un peu plus près. L’enfilade de salles à Orsay résonne comme autant de facettes de sa palette, sujets de prédilection et évolution chromatique compris. Berthe Morisot s’attarde autant sur les imprimés des robes et tapisseries que sur la pose du modèle. Ses femmes se caractérisent quasiment toutes par cette présence-absence qui fait leur mystère. De face, de profil ou le regard baissé, elles échappent à toute psychologie individuelle quand bien même cela semble être la psyché des femmes de manière générale que surprend l’artiste de toile en toile, voilant délibérément leurs yeux d’un trait plus clair, comme un flou qu’elle viendrait jeter exprès sur chaque visage, ou bien esquissant à peine les détails de leur figure pour se concentrer sur les contours et la silhouette. Berthe Morisot ne traque pas la personne dans sa peinture mais une essence féminine, un reflet de l’époque. Son œuvre n’a rien d’anecdotique, elle tend à rendre compte d’un état des lieux féminin contemporain. Et si elle se plie aux rituels d’apparat, suit la mode et joue son rôle maternel et domestique, la femme selon Berthe Morisot ne dévoile jamais complètement ce qu’elle a au fond de ses yeux. Nul ne sait ce qui l’anime vraiment ni à quoi elle songe, elle est là et ailleurs à la fois, insaisissable. A l’image de ces peintures en apparence inachevées où la toile s’offre à nu comme pour mieux laisser planer le doute sur l’aboutissement de l’oeuvre. A l’image de cette petite toile de 1876 intitulée “La Psyché” que l’on peut entendre aisément dans les deux sens du terme. La femme à son miroir ne s’y regarde pas, elle semble perdue dans ses pensées, à l’intérieur d’elle-même, et son reflet vaporeux plutôt que de nous en offrir une vue plus nette efface ses traits comme pour mieux nous les dérober.

Berthe Morisot a l’art de jouer à cache-cache avec les visages, elle privilégie la suggestion à la description, l’impressionnisme au réalisme pour mieux rendre compte d’une réalité subjective et fugitive. Ses tableaux vibrent de l’énergie visible de son pinceau, s’animent à travers ses traits vifs et ardents, portent la trace du geste hardi de l’artiste. 

Par Marie Plantin

Berthe Morisot
Du 18 juin au 22 septembre 2019
Au Musée d’Orsay
1 Rue de la Légion d’Honneur
75007 Paris
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