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Cat Fenwick ou le dialogue des matières

Les sculptures-structures relationnelles de Cat Fenwick s’exposent à la Galerie Particulière et distillent leur matérialité plurielle.
On a découvert son travail l’année dernière au Salon de Montrouge, qui réunit en un même espace-temps les jeunes pousses de l’Art Contemporain. Les oeuvres de Cat Fenwick nous avaient tapé dans l’oeil. Non pas qu’elles cherchent à se faire voir ni à plaire à tout prix. Loin de là. Mais il émane du travail de cette jeune anglaise de 35 ans une évidence paisible, une maturité radieuse dans le geste artistique, une épure confiante. Jamais "m’as-tu vu", cette oeuvre à peine éclose (les pièces datent de 2015 pour les plus anciennes, 2018 pour les plus récentes) semble n’avoir rien à prouver mais se contenter d’exister par elle-même, en elle-même. Quelque chose s’impose d’emblée et en douceur. Et la sensation que l’on avait éprouvée au Salon de Montrouge revient, intacte, dans l’espace unique de la Galerie Particulière, au coeur du Marais.

Cat Fenwick est née à Manchester mais vit actuellement à Nantes. Sa recherche se concentre sur la matière à nue, non enduite, non peinte, laissée à son état premier d’absolue neutralité. Blanc mat de la faïence, bois non traité, transparence du verre, Cat Fenwick travaille la rencontre entre des matériaux bruts, elle imagine des zones de contact, crée des structures relationnelles nées de l’impact d’une matière sur une autre et de leur opposition. D’où le titre de l’exposition, “L’unité des opposés”. Car oui, ce qui saisit dans ses sculptures duelles, c’est la puissance sensorielle des contrastes, entre le dur et le mou, la courbe et la ligne droite, la rondeur et l’arrête, robustesse et fragilité, transparence et opacité. La faïence avant cuisson est malléable et sa forme figée en garde le souvenir quand bien même celle-ci s’est solidifiée. Le caractère compact et le poids du bois (en l'occurrence du chêne) ne se dément jamais mais il est parfois tenu à bout de bras par une structure en apparence fragile, fine et cassable, contre-pied aux lois naturelles.

Les œuvres s’organisent en séries qui viennent positionner chaque expérience. On retrouve les tasseaux de bois venant étreindre contre un mur des vases en faïence, s’écrasant sous la pression. L'anatomie originelle du vase est encore lisible mais transformée, l’objet est ici sorti de sa fonction habituelle, de sa dimension utilitaire. Impactée par l’étau du bois, la faïence se comprime, s’écrase et déborde, mute en une nouvelle forme. Un élément vient en modeler un autre et l’oeuvre s’exprime dans cette rencontre inattendue. La nudité de chaque matériau en révèle toute la sensualité. Il n’y a pas de filtre, pas de couche supplémentaire entre l’épiderme de la matière et notre regard. L’attention se concentre sur la conséquence visible du contact. La sculpture émerge du dialogue entre les deux matériaux en présence. La force séculaire du bois, la fragilité de la céramique, le dur et le mou, le terrien et l’aérien, la fixation et le mouvement, l’équilibre et le déséquilibre, le haut et le bas. L’oeuvre joue sur les antagonismes sensitifs tout en n’étant jamais trop explicite.

A côté, au sol, une autre pièce provient de la sélection du Salon de Montrouge : selon le même principe, un cercle de cubes en bois attachés entre eux vient compresser une bulle de verre. Ici encore, les contrastes sont saisissants. La rencontre entre les deux matières en jeu se fait à nouveau sous la forme d’une étreinte, la matière "forte" agissant sur la matière "faible" pour l’influencer, la modeler. Non loin de là, on adore cette étagère en bois qui accueille quelques pages blanches de faïence. Intitulée “The Weight of nothing”, l’oeuvre apparaît comme la quintessence du travail de Cat Fenwick. Et puis il y a ces pièces murales de 2018, dans lesquelles s’ajoute un nouvel élément à la faïence, le verre. Une plaque de verre comme agrafée au mur par des briques de bois, vient ici se modeler sur la forme d’un vase de faïence, le plaque à la surface murale, le recouvre, en adopte la forme. Le verre épouse le vase, ondule à sa surface. Ici le contact n’est pas un impact mais plutôt un accompagnement, un moulage. L’oeuvre est déclinée en plusieurs pièces et nous interpelle immédiatement. Nouvelle venue dans la production de l’artiste, elle témoigne d’une évolution significative de son travail qui s’étoffe tout en gardant cette aptitude à l’épure.

Cat Fenwick n’en fait ni trop ni pas assez, elle a trouvé son endroit, son territoire de recherche, et pour le moment elle l’explore avec persévérance et justesse, suscitant notre estime profonde. On lui souhaite de continuer patiemment sur ce terrain, elle fera des merveilles, c’est certain. 

Par Marie Plantin

Cat Fenwick
L’Unité des opposés
Du 1er au 24 février 2018
A la Galerie Particulière
16 Rue du Perche
75003 Paris
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