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D’argile et de grâce habité, L’Echo des creux confronte le jeune public aux résonances de la matière

Avec son titre inspiré invitant à la rêverie poétique, “L’Echo des creux”, la dernière création de Renaud Herbin, à la tête du TJP (CDN Strasbourg - Grand-Est), s’est installée toute la semaine au Théâtre Dunois et poursuit avec finesse l’exploration scénique de la matière que mène ce marionnettiste sensible à la relation corps-objet-image, son axe de recherche artistique.
Dans “Wax”, que nous avions vu la saison dernière au Théâtre Paris-Villette, la cire était au cœur du spectacle, presque un personnage à part entière, un partenaire de jeu du moins. Avec “L’Echo des creux” qui se joue actuellement au Théâtre Dunois, l’argile prend le relais et s’immisce dans un duo féminin de danse et de manipulation mêlées où les corps fusionnent par bribes avec la matière terreuse, dure et molle, modulable à l’envie, fragile et friable. Ici le mouvement se répand partout et atteint les corps inertes autant que les organismes vivants. Deux jeunes filles, Jeanne et Marta, en débardeur et short noirs, la peau à découvert comme une page blanche ouverte à tous les possibles, évoluent dans une structure en bois et métal évidée, cadre neutre aux tableaux mouvants qu’elles font et défont, démiurges en leur petit atelier de sculptures, s’approvisionnant en fond de scène en céramiques en tous genres. En  forme de pattes d’ours, de cornes, de têtes d’animaux, gueules de loups et becs d’oiseaux, ces petits moulages d’argile cuite (réalisés par la plasticienne Gretel Weyer), l’émail luisant, évoquent les reliques d’un monde animal enfoui, démembré, trophées détournés, irradiant leur fragilité et dans leur sillon les fantômes de la vie sauvage en voie de disparition. Enfantines et mutines, les deux interprètes s’en emparent les uns après les autres pour jouer à se fondre avec, transformer leur apparence en une autre, s’hybrider et se prolonger. La musique créé un écrin d’étrangeté ludique à ce jeu sans règles qui s’invente sous nos yeux et vient titiller nos sens et notre imaginaire.

Les corps s’inventent et la langue avec. Le langage ici se métamorphose lui aussi, tend à trouver sa forme la plus juste, tente de traduire en simultanée l’étonnement généré par les transformations en cours, de traduire en mots la rencontre du corps et de la matière, de nommer la créature nouvelle ainsi façonnée, chimère mi-humaine mi-animale. Il tâtonne au rythme des changements, s’exprime en miroir de l’image qui nous est offerte en face. Et si le début du spectacle peine un peu à trouver son élan, il s’étoffe au fur et à mesure et acquiert sa véritable épaisseur dans l’entrée en scène du bloc d’argile dont la projection au sol par l’une des danseuses vient s’imprimer dans le corps de l’autre danseuse, comme la résonance immédiate du choc et de la déformation minérale. Après le rapprochement avec le monde animal via des objets tangibles et à notre animalité intrinsèque par voie de conséquence, le spectacle aborde aux rives du monde minéral et vient réveiller les pulsions primitives qui nous lient à la terre. Le déploiement du rideau d’argile, tissu luisant que les interprètes pénètrent tour à tour tête la première en une renaissance symbolique particulièrement prégnante est une apothéose qui ne laisse pas insensible le jeune public, attentif et réactif. Les images qui s’enchaînent autour du drap sont d’une beauté organique saisissante et viennent inventer des corps chimériques évolutifs. Littéralement la matière colle à l'épiderme, devient deuxième peau et étend les contours du corps humain à notre imaginaire illimité, évoquant en toile de fond de notre cerveau les écrits de Bachelard et ses essais sur "l'imagination de la matière".

Le marionnettiste Renaud Herbin n’aime rien tant que décloisonner les disciplines, tresser le champ chorégraphique avec les arts visuels et mettre la matière au centre des enjeux de création scénique. Avec “L’Echo des creux”, c’est une nouvelle étape qu’il franchit, construisant des tableaux vivants qui percutent de plein fouet nos sens premiers et s’impriment sur la durée dans nos pensées.

Par Marie Plantin

L’Echo des creux
Du 30 janvier au 7 février 2020
Au Théâtre Dunois
Rue Louise Weiss
75013 Paris
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