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Edith Proust, clown cosmique, refait le monde à sa façon

Vous connaissez sûrement sa trempe de comédienne, on vous recommande de découvrir le tempérament de son personnage de clown. Edith Proust sera sur la scène du Lavoir Moderne Parisien avec “Le Projet Georges”, son projet solo (présenté par la Compagnie L’usine à Lièges), du 17 au 20 octobre. Une aventure co(s)mique !
Edith Proust est une comédienne d’exception, capable de se glisser dans tous les rôles, toutes les écritures, toutes les ambiances, comiques, tragiques, dramatiques, sans rien perdre d’elle-même, toujours vive, d’une présence radieuse, pleine d’un feu intérieur que l’on ressent puissamment à la voir, de création en création, façonner son art, son corps-instrument, sa voix, son débit, sa dynamique interne. Tantôt femme-enfant, tantôt femme-fatale, tantôt espiègle ou en colère, adolescente ou mature, légère ou grave, sa palette semble infinie et sa jeunesse ne fait pas d’elle une promesse au sens où elle a déjà fait ses preuves, où chaque fois, elle donne au présent et sans compter, généreuse et aventureuse, où elle construit et avance dans l’épanouissement d’une artiste en pleine possession de ses moyens, jamais figée dans des certitudes et facilités, toujours en mouvement, dans l’élan de la recherche et de la découverte. Elle traverse et imprègne l’univers de nombreux metteurs en scène qui comptent actuellement, que ce soit Benjamin Porée avec qui elle a fréquemment travaillé (“Trilogie du revoir”, "Le Rêve est une terrible volonté de puissance"), Jessica Dalle (“Walpurg Tragédie”), Elsa Granat (“Le Massacre du Printemps”) ou encore Joséphine Serre (“Data Mossoul”), et c’est, chaque fois, une réjouissance de la voir s’emparer d’un personnage, d’un texte, se glisser dans un nouveau contexte, caméléon jamais totalement masquée par le rôle qui l’habite. Comme si sa présence ne pouvait se contenter de se fondre totalement dans une autre, dans une fiction, mais qu’il lui fallait rester irréductiblement elle-même dans un jeu de cache-cache permanent entre l’art et la vie. Et cet équilibre funambule qui lui donne en scène toute sa saveur, on le retrouve dans son clown, irrésistible et croustillant, à la fois grotesque, trivial et métaphysique.

Un clown qu’elle balade et enrichit en parallèle de son travail de comédienne, les deux se nourrissant l’un l’autre indéniablement. Un clown qui promène sa dégaine improbable, sa silhouette informe d’un genre indéterminé, perdue dans un vieil imperméable, bonnet vissé sur la tête et maquillage adéquat, assorti d’un arbre trimbalé sur un chariot à roulettes. Joseph c’est le nom de son arbre, son ami, son acolyte de vagabondage, son compagnon de route avec lequel notre clochard céleste un peu illuminé arpente le monde et surtout l’espace de ses rêves cosmiques. “Le Projet Georges”, voilà le titre énigmatique de ce seul en scène clownesque qu’Edith Proust a conçu avec l’aide de Laure Grisinger à la dramaturgie et à la mise en scène ainsi qu'Yves Arques à la composition musicale. Et c’est un phénomène. Magnétique, troublant, son clown suscite à la fois empathie et malaise, adhésion, fascination, répulsion et rires expiatoires. Ce qui est fort et bien vu c’est ce mélange permanent entre trivialité et spiritualité si l’on peut dire. Ce clown-là a une libido exprimée ouvertement, il déborde d’émotions contradictoires, tantôt tendre et attentionné avec son arbre, tantôt mu par des accès de folie, comme électrisé par le big bang de pensées et sentiments qui le traversent. Ça se bouscule à l’intérieur, ça sort dans tous les sens, ça s’expulse et dans ce mouvement cathartique et sauvage qui s’extériorise, le public entre en communication, à la fois destinataire et réceptacle. Les rires fusent dans la salle, organiques et libérateurs. Et l’on se prend à frissonner en chœur avec les émois existentiels de ce clown philosophe à ses heures qui recrée le monde à sa façon et nous plonge dans les abîmes de mystères de l’origine de la vie, nous interpelle sur le néant et fait basculer la représentation dans une autre dimension, celle du trou noir et de tous les possibles qui s’y nichent. On est fan, totalement.

Par Marie Plantin

Le Projet Georges
Présenté par la Compagnie L’usine à Lièges
Texte et mise en scène Edith Proust et Laure Grisinger.
Composition musicale Yves arques
Lumière Diane Guerin

Du 17 au 20 octobre 2019
Au Lavoir Moderne Parisien
35 Rue Léon
75018 Paris
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