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Emma la clown brave la mort sur la scène de Bobino

Sur la mythique scène de Bobino, Emma la clown met en scène sa propre mort pour mieux nous montrer la voie d’un passage obligé pour tous, sans exception.
Emma a beau être clown, attention les yeux et les oreilles, elle ne rigole pas avec les sujets de ses spectacles, ou plutôt si, mais elle nous fait rire avec du lourd si l’on peut dire. Car qui dit clown ne dit pas forcément bout-en-train écervelé, grosses poilades grasses et niveau en dessous de la ceinture. Emma fait des blagues certes, elle a un gros nez rouge au milieu de la figure, mais elle porte la cravate sur une chemise de scout, des godillots rétro, une jupe pas folichonne et un petit chapeau enfoncé sur son cerveau qui surchauffe non stop comme pour canaliser le bouillonnement de la marmite intérieure. Car Meriem Menant qui se cache (ou se révèle c’est selon) derrière Emma, a toujours orienté son clown vers les grands sujets de l’humanité, Dieu, l’amour, la psychanalyse, les mathématiques. Si elle officie parfois en duo (avec Catherine Dolto, Anatole Khelif ou Gérard Morel), c’est seule qu’elle affronte la faucheuse, avec courage mais pas tout à fait sans peur.

Tout y passe, le testament, la mise en condition physique, l’essayage de cercueil, la séance de chamanisme. Emma est prévoyante, et plutôt trop que pas assez. Cerise sur le gâteau, elle prend à parti le public, nous impliquant d’office dans son passage de vie à trépas, ce qui augmente l’impact comique de son personnage mais également sa charge émotionnelle. Car Emma est drôle, certes, c’est un fait, mais elle est aussi et tout autant émouvante au possible. Il se dégage de cette grande femme au clown asexué, longues jambes et larges épaules, un je ne sais quoi d’enfantin, un peu gavroche, quelque chose de très humain justement, de très touchant. Meriem Menant a fait ses classes chez Lecoq, célèbre école de mime et de théâtre corporel, et cet héritage transparaît fortement dans l’identité gestuelle de son clown. Le moindre mouvement, le moindre déplacement, est d’une précision admirable et dégage dans le même temps une liberté réjouissante.

Le personnage d’Emma s’empare de la comédienne dès que celle-ci en enfile le costume et entre en scène et à partir de là, tout semble possible, le propre du clown étant d’avancer sans filtre. Emma s’incarne dans Meriem et lorsqu’au salut final, le clown ôte son nez pour laisser voir la femme, c’est comme un rideau qui s’ouvre, un voile qui se soulève, un secret révélé, la mise à nu de l’artiste sans son masque. Ce moment-là que nous offre Meriem/Emma est extrêmement émouvant et troublant, à l’image de ce spectacle qui sait que le rire n’est jamais aussi percutant que lorsqu’il touche plusieurs cordes à la fois, et surtout la plus fine d’entre elles, la corde sensible.

En mettant en scène les préparatifs de sa propre mort, Emma nous confronte inéluctablement à la nôtre et aborde la thématique la mieux partagée du monde, inhérente à notre condition humaine. La scène finale consacrée aux dernières volontés réussit la gageure de glisser sur une pente poétique et touche au plus intime de chacun, aux plaisirs minimes qui nous attachent à la vie, au goût de vivre. 

A la sortie, le commun des mortels que nous sommes ne s’en sent que plus vivant et content de l’être.

Par Marie Plantin

Emma mort même pas peur
Les 19, 26 février et 5 mars 2018
A Bobino
14-20 rue de la Gaîté
75014 Paris
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