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Entrer dans la fabrique du théâtre avec un inénarrable trio burlesque

Trois compagnies main dans la main (tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia), trois interprètes au capital sympathie maximal, accordent leurs violons pour construire cet “Atelier” funambule, une proposition performative rocambolesque qui fait la part belle à l’imaginaire, au geste créatif, à la cuisine du théâtre. Merveilleux et hilarant.
tg STAN, de KOE et Maatschappij Discordia, les trois compagnies flamandes et néerlandaises, familières du Théâtre de la Bastille, aiment le travail en équipe et voir ailleurs si elles y sont. D’où leur association occasionnelle, comme un corps hybride et bigarré, une chimère théâtrale composite issue de trois terreaux différents. Leur compagnonnage fertile a donné naissance à “Atelier”, une immersion imaginaire dans la fabrique du théâtre, un spectacle burlesque cultivant avec jubilation l’art aléatoire de la catastrophe, une expérience de proximité terriblement attachante et ludique qui dit toutefois plus qu’il n’y paraît. 

C’est un dispositif bifrontal très ramassé. Des cagettes empilées sont disposées sur ce qui s’annonce comme l’espace scénique, le terrain de jeu des protagonistes énigmatiques de cette construction abracadabrante, sans queue ni tête en apparence. Il n’est pas question de personnages ici, de trame narrative ni de répliques qui font mouche, “Atelier” est un spectacle muet où les trois compères en présence, Matthias de Koning, Damiaan De Schrijver et Peter Van den Eede, dialoguent, à leur manière, avec la matière. Les cagettes de départ deviennent les bases de la fabrication du plateau, les fondations des tréteaux qu’ils dresseront devant nous, radeau de bois qui apparaît bientôt comme la scène primitive du théâtre, celle où le comédien apprend à marcher, se tenir droit, avant de pouvoir déployer son univers et nous le rendre crédible. S’enclenche alors une entreprise d’assemblage, d’échafaudage, à base de cordes, tuyauterie, cintres… La scénographie se construit sous nos yeux ébahis, manipulée à vue, noyau dramaturgique d’une performance qui vient interroger sans fard l’acte créatif, la fabrique du spectacle, l’envers du décor, cette étape passionnante où l’imagination fourmille et teste en tous sens, ce temps béni de la recherche où le résultat ne compte pas, où efficacité et productivité n’ont pas lieu d’être, cette cuisine interne et familiale où le jugement n’a pas sa place, où l’essai prime sur la réussite, où l’enfance remonte au galop pour déployer ses ressources comiques et son ingéniosité folle.

On s’amuse comme des fous devant ces trois trublions au regard naïf et tendre, provocateurs de désordre, inventeurs de mondes avec des objets dignes d’une décharge publique ou d’un vide-grenier du dimanche. Une rame de métro, la porte d’une maison, un poêle où se réchauffer, une table improvisée… le quotidien advient  sous nos yeux émerveillés autant que des scènes picturales empruntées à l’Histoire de l’Art (“Les Raboteurs” de Caillebotte, la fresque de la Chapelle Sixtine et en apothéose une descente de Croix bancale et magistrale). Les ressorts clownesques classiques fonctionnent de façon imparable, preuve que c’est bien dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes et que le théâtre a indéfectiblement à voir avec l’enfance. On rit de bon cœur mais on est aussi ému d’assister à ce capharnaüm d’idées simples et lumineuses mises en pratique pour mieux nous inviter dans les coulisses du spectacle, tout aussi magiques que le spectacle lui-même. Et quand résonnent les trois coups finals, on se dit que ces trois zigotos sont décidément très très forts. D’être aussi intelligents sans le montrer. Aussi généreux sans l’afficher. Et de donner tant de jovialité en partage. 

Par Marie Plantin

Atelier
Du 1er au 12 octobre 2018
Au Théâtre de la Bastille
76 Rue de la Roquette
75011 Paris