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Hector Obalk fait le show et transforme sa passion pour la peinture en aventure théâtrale inédite

Il n’y a pas plus exalté qu’Hector Obalk, il n’y a pas meilleur guide pour nous donner le goût de l’art et nous en transmettre les fils de l’Histoire avec une érudition sans fond et une ferveur communicative. L’historien et critique d’art multi-casquettes se produit actuellement sur la scène de l’Atelier pour nous livrer rien de moins que “Toute l’Histoire de la peinture en moins de deux heures” et on succombe à son sujet autant qu’à la bonhomie captivante du personnage Obalk.

C’est à l’heure de la messe le dimanche matin ou de façon plus épisodique en ouverture de semaine le lundi - le soir où les théâtres d’ordinaire font relâche - qu’Hector Obalk nous gratifie de son seul en scène d’un genre inédit, à mi-chemin entre la conférence érudite et passionnée, le stand-up décomplexé et détendu et la performance funambule à trois entrées - théâtrale, visuelle et musicale. Et l’audace lui sied comme la touche colorée des foulards qu’il arbore régulièrement, on n’irait pas trop loin à parler d’iconoclasme le concernant. Car derrière le classicisme vestimentaire cultivant sobriété et élégance bout le feu de sa verve oratoire, la flamme de son esprit sensible et fin, la marmite explosive d’une personnalité entière et passionnée qui a voué sa vie à l’Histoire de l’Art à travers documentaires brillants et ouvrages spectaculaires (sa BD sur Michel-Ange est un sommet jamais égalé). Et comme rien n’arrête un homme d’une telle trempe, libre penseur doté d’un bagout extraordinaire, voilà notre Hector national sur les planches du Théâtre de l’Atelier où ses aficionados de tous âges se pressent pour venir l’écouter, que dis-je, se réjouir de sa gouaille érudite piquée d’un humour croustillant, de saillies indignées et d’enthousiasmes galvanisants. Hector Obalk est à contre-courant, pas dans le moule, il détonne, il sort du lot  et c’est à une messe d’un genre bien particulier qu’il nous est donné d’assister pour qui se lève le dimanche et prend la direction de l’Atelier. Notre intention ici n’est pas de la dévoiler, dieu nous en garde mais bien de vous appâter car le plaisir gourmand n’est jamais meilleur que partagé et si vous n’avez pas encore été pris dans ses filets, laissez-vous pêcher, vous n’en ressortirez que plus savants, conquis et nourris, curieux d’en découvrir plus encore. On ne serait pas étonné d’ailleurs qu’après avoir suivi cette traversée délectable que constitue ce programme à plusieurs entrées intitulé “Toute l’Histoire de la peinture en moins de deux heures”, vous envisagiez un voyage en Italie, à Venise, Rome ou Florence, pour marcher sur les pas des Primitifs italiens et des merveilles de la Renaissance.

Car de quoi s’agit-il au juste ? De nous restituer en un temps limité (une heure et demie en moyenne), les grands chapitres qui composent l’Histoire de l’Art, les grands actes qui permettent d’en appréhender les mouvements, les élans, les virages et tournants, les sauts en avant, les fins de cycle et les renouveaux. Regarder l’Histoire de l’Art et de la peinture en particulier comme un récit au long cours avec le recul du XXIème siècle et la distance analytique de l’érudit qu’est notre hôte, associée dans une parfaite alliance à sa sensibilité à fleur de toile. Ce n’est pas un cours à proprement parler asséné par un maître mais bien plutôt un parcours accompagné, une traversée en immersion qui jongle entre la théâtralité joviale et piquante du personnage, la restitution sur écran géant de 4000 tableaux photographiés par ses soins et la présence sur scène d’un musicien de haute volée au violon ou violoncelle. On passe avec fluidité d’une vision d’ensemble à des arrêts sur image, on entre dans les tableaux par le trou de la serrure, on s’y promène comme en un jardin délicieux, on s’attarde sur des détails savoureux et l’on repart de plus belle au galop de la modernité en marche, des recherches et avancées picturales qui ont donné lieu aux grands courants de l’Histoire de l’Art. La dimension visuelle de ce one-man show d’un genre tout à fait nouveau est exceptionnelle, l’accès aux oeuvres est une bénédiction et le fruit d’un travail photographique magistral. Les ponctuations musicales, sobres et superbes, font vibrer Bach au grès des toiles arpentées en long en large et en travers. Mais le sel de ce tout reste le ton unique d’Hector Obalk, ce débit à nul autre pareil, fait de saccades, d’accélérations exaltées, de moelleux ouaté et le choix des mots, toujours judicieux, en accord parfait avec notre ressenti non formulé face à ces chefs-d’oeuvre intemporels et universels.

Hector Obalk, comme personne, façonne son goût et le nôtre, nous apprend à voir littéralement, nous livre anecdotes et impressions, décrit et compare à l’envi, balance entre précisions historiques et envolées lyriques et nous renvoie inéluctablement à notre propre capacité d’appréciation. C’est là que se situe le canal de transmission qui se joue en direct de la scène et le fait entrer fièrement dans la dimension du spectacle vivant. Car la passion le rend poète et son exaltation devient la nôtre. Amen.

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Par Marie Plantin

Hector Obalk
Les dimanche 20 octobre, 3, 10 et 24 novembre 2019
Lundi 21 octobre et 18 novembre 2019
Au Théâtre de l’Atelier
1 Place Charles Dullin
75018 Paris