Actualités
vendredi 20 septembre 2019
La ville de St-Maur accueille le plus grand rassemblement de food trucks ce week-end
 
Actualités
vendredi 20 septembre 2019
Les splendeurs italiennes de la collection Alana se dévoilent au Musée Jacquemart André
 
Actualités
jeudi 19 septembre 2019
Faire le plein de nouveaux sons au Bastille Sounds Festival
 
base

INTERVIEW - Alexis Michalik pour la sortie de son premier roman “Loin” chez Albin Michel

Ses quatre pièces à succès sont à l’affiche de cette nouvelle rentrée théâtrale : “Edmond” au Théâtre du Palais Royal, “Intramuros” à la Pépinière, “Le Porteur d’Histoire” aux Béliers Parisiens et “Le Cercle des Illusionnistes” au Théâtre de la Renaissance. Et pour couronner le tout, Alexis Michalik sort cette semaine son premier roman, “Loin”, chez Albin Michel, un récit fleuve haletant, traversant les frontières et les époques, un périple peuplé d’aventures aux airs de quête initiatique et identitaire. On y suit un trio, Antoine, Anna et Laurent, sur les traces pleines de secrets bien gardés de leur famille et de leurs origines. Et l’on voyage loin, dans l’espace et dans le temps…
Alexis Michalik a décidément plus d’une corde à son arc et celle de romancier que l’on découvre à peine vient nous confirmer la qualité de polyvalence artistique et le talent de conteur de cet homme de théâtre guidé par l’envie de transmettre les histoires qui s’emparent de lui. La lecture de “Loin” nous en a bouché un coin on l’avoue et c’est pétri d’admiration qu’on a interviewé notre petit génie national.

On vous connaissait jusqu’à présent auteur dramatique, metteur en scène et comédien, réalisateur depuis peu. Vous voici désormais écrivain qui plus est. Comment expliquez-vous cette entrée en littérature ?

Alexis Michalik :L’idée de “Loin” remonte à longtemps, je dirais 10 ans à vue de nez. A la base, je voulais faire une série mais je n’avais pas encore la notoriété que j’ai acquise et il aurait été difficile de convaincre des producteurs sur un projet aussi coûteux. Mais cette histoire, je la portais en moi, elle me tenait à coeur, ne me lâchait pas et je me suis rendu compte que pour parvenir à la raconter en entier, le seul support qui pouvait me permettre de le faire en toute autonomie, c’était le roman.

Donc vous vous lancez dans l’écriture…

AM : D’abord, la première étape c’était de construire la structure parce qu’avec un sujet pareil, aussi étendu historiquement que géographiquement, il me fallait un plan béton sur lequel m’appuyer pour ne pas m’emmêler les pinceaux dans les dates, les lieux, les trajectoires des personnages et que tout s’emboîte. Après, le plus dur, c’était d’écrire le roman en tant que tel. Ça n’a rien à voir avec l’écriture dramatique. Ecrire pour le théâtre n’est pas un enjeu en soi car ce qui compte c’est le spectacle à venir, c’est une étape. Et si le texte est un peu faible, il peut être rattrapé par les acteurs, la mise en scène etc. Or le roman, une fois qu’il est écrit et publié, c’est fini, on n’y touche plus. La pression est bien plus grande.

“Loin” fait près de 650 pages, c’est un marathon. Vous avez eu des moments de découragement, d’exaltation ?

AM : Oui bien sûr. Pour moi l’écriture n’allait pas de soi, je ne m’étais jamais attaqué à cette forme-là et je savais dès le départ que ce serait long mais la vie m’a appris que le temps peut s’utiliser de manière effective, juste en travaillant jour après jour. L’ampleur d’une tâche ne me fait pas peur à partir du moment où j’en connais le plan et la fin. Même si la fin est 3 ans après, ce qui compte, c’est d’initier et d’aller au bout. Et en l’occurrence pour “Loin” je savais d’emblée comment ça allait se terminer et je savais que mon trio embarquerait pour un voyage au bout du monde mais progressif. Il me restait à avoir l’assurance d’être publié pour vraiment me donner la motivation de le faire. J’ai envoyé une quarantaine de pages dont le Prologue à Gérard de Cortanze chez Albin Michel et il m’a dit banco. 

Le Prologue, parlons-en. Vous saviez à l’avance que vous démarreriez ainsi, avec un préambule au récit et une adresse au lecteur ?

AM : Oui, le prologue c’est vraiment ce que j’ai écrit en premier, je savais d’emblée que je voulais démarrer avec une adresse au lecteur. Mais ce n’est pas nouveau car dans mes pièces, il y a souvent un prologue qui s’adresse directement au public, c’est une façon de créer du lien, de tendre la main et de dire “viens dans mon histoire”. Et puis je voulais introduire les principaux thèmes abordés par le roman et les questions provoquées. 

On retrouve dans “Loin” des motifs qui reviennent dans vos pièces, ce goût de l’enquête, de l’aventure, des secrets...

AM : J’adore ça, je suis curieux de nature, j’aime le mystère, j’aime les romans d’aventures, être tenu en haleine sans avoir la moindre idée de ce qui va se passer la scène d’après. J’ai grandi avec Alexandre Dumas, “Les Trois Mousquetaires”, “Le Comte de Montecristo”, “Le Vicomte de Bragelonne”, “Joseph Balsamo”... C’est vraiment un raconteur d’histoires qui maîtrise le suspense à la perfection. Il fallait accrocher le lecteur pour lui donner envie d’acheter le chapitre d’après. En écrivant plus de 600 pages, ma mission était de capter le lecteur et de ne jamais perdre son implication dans l’intrigue. Pour ça, il fallait que le livre soit, chapitre après chapitre, de plus en plus riche, dense et passionnant. Ce qui me plait en tant que lecteur, c’est quand la situation se complexifie au fur et à mesure, se densifie et que les enjeux deviennent multiples, que l’histoire se ramifie en plusieurs niveaux de lecture. Aujourd’hui, notre cerveau est prêt à ça, avec les nouvelles technologies, il est multi-tâches, habitué à suivre plusieurs choses en même temps. Et puis ça oblige le lecteur à être vraiment concentré pour ne pas perdre le fil.

Etes-vous un grand lecteur ?

AM : Pas du tout, je n’ai pas le temps. J’aime lire et j’aime les romans fleuve, les récits qui nous tiennent en haleine mais j’ai besoin d’avoir l’esprit libre pour me plonger dedans donc a priori d’être en vacances. Et là je me prends un petit pavé, un Ken Follett par exemple et je le dévore avec plaisir. Le reste du temps je lis les scénarios et les pièces qu’on m’envoie mais pas de roman.

“Loin” brasse beaucoup de références, historiques et géographiques, comment avez-vous abordé tout ce travail de recherche ? Connaissez-vous personnellement tous les pays dont vous parlez ?

AM : Non bien sûr, je ne les connais pas tous mais l’idée dans l’écriture c’était justement qu’on ne puisse pas distinguer les régions du monde que je connais et celles où je n’ai jamais mis les pieds. C’était l’enjeu des descriptions et de la contextualisation. Quand on connaît bien un pays, forcément on a des souvenirs, des sensations qu’aucun guide touristique ne peut nous livrer. Pour le reste j’ai varié les sources, la recherche historique classique d’une part et l’infinie possibilité de découvertes que nous offrent les réseaux sociaux. Si je tape sur Instagram le nom d’un petit bled en Georgie, je vais tomber sur des stories, des photos, des vidéos qui vont me plonger directement dans le décor et m’aider à capter l’ambiance, les coutumes etc.

Quand on vous lit, on a l’impression de retrouver votre énergie phénoménale, le côté positif qui émane de vos pièces, vos personnages vont de l’avant comme vous, ils deviennent en quelque sorte les conquérants de leur propre histoire. Vous sentez vous l’âme d’un conquérant ?

AM : Ce qui était compliqué pour moi qui suis un obsédé du rythme, c’était de prendre le temps de raconter. Je devais me brider sinon j’avais tendance à aller à toute allure pour que l’intrigue avance. Mais ma récréation, c’était les dialogues, j’étais dans mon élément du coup. Et quand les personnages dialoguent entre eux, c’est moi qui dialogue dans ma tête. Je pense qu’on est toujours un peu ses personnages et que c’est sa nature profonde qui se révèle quand on écrit. Si on est sincère dans l’écriture, c’est forcément sa personnalité qui se dégage. Je ne suis pas mes personnages bien sûr mais il y a un peu de moi dans les trois, évidemment. Et je ne dirais pas que je suis un conquérant mais un entrepreneur. Je me considère d’ailleurs plus comme un entrepreneur que comme un artiste. J’aime construire des choses, fédérer des groupes, l’esprit de troupe. Et je n’aime pas les gens qui se plaignent. Le monde est ce qu’il est, tout ce qu’on peut faire c’est agir. 

“Loin aborde la question des origines et du métissage, y a t-il un message que vous voulez faire passer ?

AM : Que le voyage nous révèle à nous-mêmes bien sûr. Mais comme mon message est bateau, je prends 600 pages pour le faire passer [rires]. Ce qui compte c’est d’être curieux, d’aller voir là -bas si j’y suis, être capable de sortir de sa zone de confort. Ce livre est un encouragement à larguer les amarres, à se débarrasser de ses peurs et certitudes encombrantes. C’est le voyage plus que la destination qui compte, l’acte de créer plus que le résultat. On gagne toujours à comprendre l’autre et à découvrir qu’il n’y a pas d’unicité de pensée, pas de vérité absolue. Et quand j’écris un roman ou une pièce, pour que mes personnages soient justes, je dois être capable d’empathie envers eux. L’empathie est primordiale, c’est ce qui fait de nous des humains.

Propos recueillis par Marie Plantin

Le lancement du livre a lieu le 10 septembre à 18h
A la Colonie
128 Rue la Fayette, 
75010 Paris