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INTERVIEW - Laëtitia Guédon, directrice des Plateaux Sauvages

Ce samedi, Les Plateaux Sauvages pendent la crémaillère tout l’après-midi après deux ans de travaux. Un vaste chantier visant à réunir l’ancien Vingtième Théâtre et le Centre d’Animation des Amandiers mitoyen. L’occasion pour nous de rencontrer sa directrice, Laëtitia Guédon, force vive et tout sourire de ce projet artistique autant que citoyen prodigieusement enthousiasmant.
Vous êtes à la tête des Plateaux Sauvages depuis deux ans maintenant mais le théâtre n’ouvre que cette année après un énorme chantier. Quelle est sa nouvelle ligne architecturale ?

En fait, on a renoué avec le projet architectural d’origine, datant des années 60, conçu par l’architecte Jean Dumont qui avait imaginé ce bâtiment comme un seul et unique. C’est par la suite que l’espace a été cloisonné et qu’il y a eu d’une part un théâtre et d’autre part un centre d’animation. Donc on revient à la source du projet d’origine avec une lecture beaucoup plus fine et personnelle de ce projet architectural. On revient à ce qu’on imagine que Jean Dumont avait voulu raconter. Un seul et même bâtiment doté de grands espaces entre lesquels la circulation est fluide. Et l’enjeu spatial rejoint notre enjeu identitaire, à savoir la fusion entre notre mission artistique et territoriale.

Quelle mission première vous donnez-vous ?

Notre objectif premier et global aux Plateaux Sauvages, c’est l’accueil. Je ne cherche pas à être le lieu le plus pointu qui existe à Paris en matière de spectacle vivant. Je sais que ma programmation est magique, que mes artistes sont formidables et qu’on va y trouver des choses très originales mais je veux que ce soit un lieu avant tout où l’on se sente vraiment bien. Que chacun, du spectateur habitué à celui qui n’a jamais passé la porte d’un théâtre, trouve sa place.

Comment définiriez-vous la ligne artistique de cette première saison dans les murs ?

Notre crédo c’est le métissage. C’est vraiment ça la ligne artistique. J’ai souhaité ne pas affirmer un créneau mais au contraire montrer la diversité des formes et des écritures théâtrales. Vanasay Komphomala a aussi bien sa place que Léonard Matton et son projet avec Emmanuelle Bercot. Je cherche à montrer au public des formes très fédératrices, d’autres plus étranges, et de qualité bien entendu.

La programmation mise uniquement sur le spectacle vivant ?

Les quatorze artistes en résidence sont des artistes issus du spectacle vivant et majoritairement du théâtre. Il y a un petit peu de danse, de cirque, de marionnette et de musique mais c’est très marginal. La grosse majorité c’est le théâtre. En revanche, j’avais aussi très envie de m’intéresser à la matière dans ce lieu-là car il y a des espaces qui donnent envie d’imaginer d’autres choses, donc j’ai décidé de consacrer un hall, le hall du théâtre, aux plasticiens et aux artistes issus de la photographie, de la peinture, de la sculpture. La particularité de la programmation que je vais lancer à partir de janvier 2019, c’est que c’est une programmation d’artistes issus du spectacle vivant mais qui à un moment donné de leur vie sont passés aux arts plastiques. Et il y a deux espaces en plus que je vais consacrer aux plasticiens issus du Street Art via une collaboration avec une association du XXème qui s’appelle Art Azoï. Le coup d’envoi de ce partenariat aura justement lieu le jour de la crémaillère avec une performance live et in situ de deux graffeurs.

Pourquoi ce nom “Les Plateaux Sauvages” ?

Dans ce projet, ce qui a été merveilleux depuis qu’on travaille dessus, c’est qu’il fallait l’inventer de A à Z, y compris dans son nom. Il a fallu rebaptiser le lieu et pour ça, on a fait appel à une créative en nom, spécialisée dans ce qu’on appelle le “naming”. Ce fut long, trois semaines de brainstorming à échanger avec elle sur les valeurs du projet, pour trouver le nom le plus approprié. Alors, pourquoi les Plateaux Sauvages ? D’abord parce que c’est un lieu où effectivement la dénomination de plateau était intéressante pour nous car on n’est pas un théâtre à proprement parler mais plutôt une fabrique artistique où plusieurs espaces très différents sont mis à disposition des artistes. Avec le mot plateau au pluriel il y avait l’idée de la diversité des terrains à défricher ou à déchiffrer. Il y a aussi que le plateau, l’endroit de la recherche artistique, est un lieu d’engagement, de rigueur, et donc il s’agissait aussi de l’emploi d’un terme très technique pour dire qu’on accompagne des artistes dans le développement de leur projet. Sauvages, c’était l’idée de valoriser la liberté qu’on souhaite avoir et donner. En effet, on accompagne les artistes dans la structuration de leur projet mais au niveau du contenu on les laisse libres de choisir le geste artistique qui leur correspond. Et last but not least, il y a ce X qui relie les deux dans le logo, un double X qui rappelle aussi notre ancrage dans le XXème, ancrage territorial très fort, très important pour nous aussi. Et puis il y avait une vraie poésie dans l’association de ces deux mots qu’on préférait à un nom plus classique.

En quoi les Plateaux Sauvages n’est pas un théâtre comme les autres ?

Le projet des Plateaux Sauvages est très singulier. Tout l’enjeu c’était d’en faire une fabrique artistique qui soit au carrefour de la création professionnelle et de la transmission artistique, d’avoir vraiment un endroit où il y a une porosité permanente entre des artistes professionnels qui viennent travailler et du public, des personnes d’âge, de sexe et de cultures très différentes qui viennent partager l’aventure du spectacle vivant. C’est pour ça que les artistes sont engagés sur des projets de transmission artistique et qu’il y a des ateliers de pratique amateur. La spécificité des Plateaux Sauvages c’est qu’on accueille uniquement de la création, on ne fait pas de diffusion, pas de reprises. Du coup, on accompagne les artistes aussi bien dans la réussite que dans l’échec. Les quatorze artistes de la saison sont en résidence et les résidences sont faites sur mesure en fonction des besoins et de l’état d’avancée du projet. Ceux qui ne sont pas encore prêts montrent une sortie de résidence et les résidences de création aboutissent à un spectacle. On présente neuf créations originales cette année.

Comment envisagez-vous l’ancrage territorial du projet ?

Les quatorze artistes en résidence chez nous viennent développer un projet de création professionnel et ils ont par ailleurs un deuxième projet qui est une mission de transmission artistique réalisée en amont de leur temps de résidence, c’est-à-dire qu’ils viennent partager leur processus artistique avec une structure du territoire qui peut être une école, un collège, un lycée, un foyer de jeunes travailleurs, une association de retraités, un foyer de migrants… En cela le XXème est un vivier car il regorge d’associations et d’initiatives. On a plus de quarante partenaires sur le territoire, c’est vaste. Chaque artiste mettra en place des ateliers avec un partenaire et nous de notre côté, on guidera ces projets pour qu’ils donnent lieu à des restitutions en avant-première des spectacles.

Il y a une phrase que j’aime beaucoup d’Antoine Vitez qui dit "faire du théâtre c’est partir de soi” et on peut l’entendre dans les deux sens, partir de ce que l’on est, profondément, dans ses racines et en même temps se quitter, se déplacer. L’idée c’est qu’on amène les artistes à sortir de la fabrique, sortir de leur temps de recherche, d’incubation, de création et d’aller confronter leur travail à des gens qui ne sont pas des professionnels du spectacle vivant et que ces rencontres viennent nourrir, impacter le projet de création. Et puis il y a tout au long de l’année les ateliers hebdomadaires de pratique amateur auxquels tous les parisiens peuvent s’inscrire pour faire de la danse, du yoga, du chant, de la capoeira, de l’éveil musical, des ateliers d’écriture, participer à une fanfare funk. Les ateliers sont dispensé par des artistes intervenants et non par des animateurs, des artistes en activité qui ont des qualités pédagogiques et ils s’adressent à tous les âges, de 3 mois à 99 ans. La cotisation est à tarification sociale donc en fonction du quotient familial.

Justement, quelle sera votre politique tarifaire ?

Nous adoptons une tarification unique à Paris qu’on appelle tarification responsable, c’est à dire que le spectateur choisit son tarif à l’aune de ses moyens. On a voulu sortir le spectateur d’une case, d’une catégorie socio-professionnelle avec le tarif moins de 25 ans, plus de 60 ans, chômeur, etc. L’idée c’était de dire c’est à vous, spectateur individuel, en responsabilité, en conscience, de choisir votre tarif entre 5 et 30 €. Sans justificatif. De plus, le spectateur peut s’inscrire dans une communauté de spectateurs solidaires puisqu’il peut acheter un billet suspendu [sur le même principe que le café suspendu, ndlr], un billet à 5€ qu’il paie pour un autre qui n’a même pas les moyens de mettre 5 €. Le billet est conservé à l’accueil et n’importe qui peut venir et demander s’il y a un billet suspendu pour la représentation du soir ou une autre date. Quant aux sorties de résidence, elles sont gratuites tout simplement.

Un mot de conclusion ?


C’est très rare d’avoir la charge d’un projet où il y a tout à construire, du choix des équipes, en passant par le nom, l’aventure des travaux jusqu’au projet artistique à inventer. Avec Jean-Baptiste Moreno, mon directeur adjoint, on parle de ce projet comme d’une école, c’est à dire qu’à la fois on arrive avec notre engagement, notre enthousiasme, notre savoir-faire, nos compétences, mais en même temps on a l’impression d’apprendre tous les jours car on multiplie les collaborations extérieures pour avancer sur chaque détail du projet. On sait pourquoi on se lève le matin et c’est une chance inouïe ! Et puis c’est rare d’avoir à Paris un lieu qui puisse avoir dans un même endroit de la pratique amateur, de la création artistique, de l’accompagnement d’artistes, et qui soit un lieu de vie, avec bar et librairie, rayonnant dans son quartier et au-delà. Venez !

Propos recueillis par Marie Plantin

Crémaillère des Plateaux Sauvages
Le samedi 15 septembre 2018
A partir de 14h30
Aux Plateaux Sauvages
5 Rue des Plâtrières
75020 Paris