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INTERVIEW – Léonard Matton ouvre le Secret, lieu insolite dédié au théâtre immersif

Comédien, metteur en scène, à la tête de la Compagnie A2R - Antre de Rêves (codirigée avec Roch-Antoine Albaladéjo), Léonard Matton se lance dans une nouvelle aventure, démesurée en tous points, la création d’une pièce de théâtre immersive adaptée d’"Hamlet”, “Helsingør”, et l’ouverture d’un lieu hors norme, éphémère et auréolé de mystère, le Secret. Nous l’avons rencontré pour mieux comprendre la genèse du projet et son ambition folle.

Depuis quinze ans, vous créez avec votre compagnie des spectacles de manière assez prolixe. Qu’est-ce qui vous a conduit à ce virage et ce changement d’échelle ?

En réalité, avec la compagnie A2R, nous sommes familiers des gros projets puisque quasiment tous nos spectacles ont en moyenne sept comédiens au plateau, ce qui est énorme dans l’économie dans laquelle nous sommes car à la base nous ne sommes pas une compagnie régionale mais parisienne. Là, on passe effectivement au stade supérieur puisque l’envie de créer ce spectacle immersif a nécessité le besoin de trouver le lieu adéquat, ce qui n’est pas une mince affaire dans le contexte immobilier parisien et l’économie actuelle du spectacle vivant.

En France on est très peu familier du théâtre immersif, pourquoi le genre ne s’est-il pas plus développé chez nous ?

Oui effectivement en France, surtout il y a trois ans quand j’ai commencé à monter le projet, on ne savait pas trop ce que c’était le théâtre immersif, pas même les institutions théâtrales. Aujourd’hui c’est un peu plus présent car l’immersion se répand doucement, dans les arts plastiques, autour du ludique et du divertissement, et bien évidemment du technologique, avec les expériences de réalité virtuelle et de réalité augmentée. A Paris en particulier, il est très compliqué de trouver des espaces adéquats, à savoir des configurations spatiales et volumétriques vastes. Le marché immobilier est très concentrique et les normes de sécurité sont abracadabrantes vu qu’elles protègent l’organisateur en répartissant la responsabilité avec le préfet mais du coup, pour transformer un lieu en ERP, c’est à dire en lieu recevant du public, il faut se lever tôt. On se heurte à des mises aux normes ultra complexes, de quoi baisser les bras. Parce qu’avec le théâtre immersif, on est dans une forme intermédiaire et non référencée, entre le muséal et la performance. Le modèle est double. Autre difficulté, le financement. J’ai rencontré des institutionnels qui étaient très intéressés sur le principe de l’innovation culturelle mais ne pouvaient pas nous aider ou n’ont pas voulu, soit parce qu’on n’était pas une assez grosse structure, soit surtout je pense parce qu’on était dans l’innovation justement et le revers de médaille c’est qu’il n’y a pas de modèle économique et de modèle public.

Comment avez-vous fait alors ?

Je me suis tourné vers des promoteurs privés, encore un parcours du combattant, mais finalement je suis tombé sur la perle, Novaxia, un promoteur intéressé par le projet, curieux, qui pour un loyer modique nous a permis d’occuper les lieux sur un temps limité. J’ai également obtenu un mécénat de la Fondation Polycarpe en rencontrant une vraie mécène, c’est-à-dire quelqu’un qui donne sans espoir de retour sur investissement, en laissant la liberté artistique et créative primer. Une chance incroyable. Et puis j’ai fédéré un grand nombre de bénévoles via la compagnie A2R - Antre de Rêves, qui a de la bouteille désormais et un gros réseau d’artistes, auteurs, comédiens, metteurs en scène, prêts à mettre la main à la pâte parce que stimulés par l’ampleur et la nouveauté du projet. J’en suis donc arrivé à l’idée que l’équilibre économique d’un projet pareil ne pouvait se trouver que dans une association fructueuse, public, privée, associative.

Maintenant que vous avez le lieu, vous y créez la pièce “Helsingør” qui est une adaptation d’"Hamlet” n’est-ce pas ? Pouvez-vous m’en dire plus ?


Justement, je n'en dirais pas trop pour ne pas dévoiler tous les secrets de ce lieu qui porte bien son nom. J’adapte effectivement la fameuse pièce de Shakespeare, que je titre “Helsingør” et sous-titre "Château d’Hamlet" puisque c’est le lieu qui compte avant tout. Car je voulais d’emblée une déambulation possible entre plusieurs espaces, que l’on change d’univers d’une salle à une autre. Puisque la deuxième particularité du spectacle c’est que la sempiternelle séparation scène / salle est abolie, ou du moins floutée. Le caractère sacré de la scène est partout. D’ailleurs les portables seront consignés à l’entrée pour favoriser la coupure avec le monde extérieur et la sensation de pénétrer dans un ailleurs. Pour ce qui est de l’adaptation, elle est fidèle au texte à ceci près que l’on fait jouer de manière concomitante toutes les scènes qui ne sont pas avec le personnage d’Hamlet et il y en a beaucoup, d’où les sept espaces nécessaires que nous avons conçus expressément pour le spectacle. C’est une narration en arborescence avec des temporalités parallèles, comme dans la vie en fait, où il se passe des choses dans la pièce à côté quand on n’y est pas. La conséquence de ce principe, c’est que le spectateur ne peut pas tout voir. Il est amené à faire des choix. Suivre tel personnage plutôt qu’un autre au cours du récit. Et j’aime aussi l’idée de l’errance, le fait qu’il y a une narration qu’on ne peut pas contrôler, ce que les gens ont dans la tête, notamment dans ces moments de flottements, où il ne se passe pas grand chose, des moments de creux, d’apaisement dans la tension de l’intrigue.  

Le Secret ne sera-t-il dévolu qu’au théâtre ?

Pas du tout. C’est bien sûr l’un de ses rôles mais pas uniquement, car quitte à créer un lieu, autant l’exploiter sur d’autres choses. On aura des escape games théâtraux, quelques ateliers pour enfants en lien avec l’immersion toujours, c’est la clef, l’ADN du lieu. Pour les activités jeune public, on travaille main dans la main avec une association QVLP “Qui veut le programme”, qui organise des ateliers autour de la réalité virtuelle (vidéo captée en 360°, masques de réalité virtuelle à construire en carton), on développe aussi quelque chose autour des "Contes de la rue Broca" de Pierre Gripari, vu que la rue en question est juste à côté. On aimerait fédérer sur le territoire les familles du quartier car on propose une offre de sortie qui n’existe pas dans le 5ème. Le Secret sera un lieu de vie, un espace de détente, ludique et artistique, multiple. On envisage un espace de réception du public avec bar, brunch. On s’interroge sur comment le rendre immersif éventuellement aussi, par exemple, est-ce qu’on met des palettes avec des pots remplis d’aromates pour que les gens aillent se servir eux-mêmes. Et puis on essaie de repenser d’autres formes artistiques immersives, concert, danse, exposition… Je voudrais développer également la dimension technologique de l’immersion qui m’attire beaucoup. Je pense les choses sur le long terme, car si le Secret est éphémère, je vise un lieu plus grand, avec plus de marge d’action, pour 2019-2020. Par la force des choses, j’ai développé de telles compétences en la matière que je ne veux pas m’arrêter là.

Un mot de conclusion ?

Je trouve qu’au théâtre, très souvent, les gens ne réagissent pas. Le théâtre immersif est aussi en ce sens-là un facteur de communication génial parce que quand on sort, vu qu’on n’a pas vu la même chose que sa compagne ou l’inconnu d’à côté, les questions circulent pour compléter les différents points de vue, la parole se libère. On sort de son petit pré carré, du “chacun vit les choses dans son coin”. Je suis attaché à ce rôle du théâtre aussi, au-delà de l’expérience individuelle bien sûr.

Le site du Secret c’est par là >>

Propos recueillis par Marie Plantin

Helsingør
Le Secret
Ouverture le 29 juin 2018
18 Rue Larrey
75005 Paris