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L’architecte Tadao Ando célébré à Beaubourg

Tadao Ando, l’irréductible architecte japonais est exposé dans la Galerie 3 de Beaubourg. L’occasion de revenir concrètement sur ses réalisations les plus célèbres, ses projets, et plus globalement sur sa vision du métier et les principes fondamentaux de son geste architectural.
C’est une exposition très émouvante et impressionnante à bien des égards. La Galerie 3 de Beaubourg se transforme en territoire de maquettes qui semblent avoir poussé là comme des champignons, distillant dans leur aura cette attirance de l’enfance pour la miniature, goût qui persiste et perdure, on s’en rend compte, ému, au contact de ces maisons petit format, habitations et monuments publics en modèles réduits. Bâtisses, immeubles, temples, musées, églises... s’étalent devant nous et l’émerveillement est immédiat. Et puis il y a le geste généreux et spontané de Tadao Ando lui-même qui, au feutre bleu, est venu dessiner à même les cimaises immaculées des croquis, imprégnant de sa présence proche l’ensemble de l’exposition, apposant ces empreintes fraîches et affranchies sur les murs du musée, comme un défi au caractère propre et cadré du dispositif institutionnel. Autant de clins d’œil, de mains tendues vers nous, visiteurs admiratifs tout petits devant l’indéniable don d’Ando pour un métier qu’il pratique comme un art, avec un savoir-faire remarquable, doublé d’un état d’esprit très personnel nourri de philosophie shintoïste.

Ce qui est très beau également, c’est d’avoir accès, grâce au mouvement de l’exposition, au parcours de Tadao Ando, à son chemin de vie dans l’architecture telle que la conçoit cet autodidacte, ancien boxeur tombé par hasard en émoi pour cet art en feuilletant un livre consacré à Le Corbusier. Une petite légende en soi. La découverte fut un choc pour le jeune homme, une révélation qui le conduisit à prendre le large pour appréhender de lui-même les réalisations architecturales majeures de notre planète. Un voyage initiatique en quelque sorte où le futur architecte exerce son œil, engrange et tend à comprendre la relation entre son émotion et la construction qu’il arpente. Les croquis du début viennent témoigner de ces escales, comme les prémices d’une vocation, puis ce sont les photographies en noir et blanc de Tadao Ando captant ses propres bâtiments, traquant la lumière idéale pour mettre en valeur volume et espace. Enfin, ses dessins à la mine de plomb s’inscrivent dans la continuité de ce premier sas, comme autant de regards et rapports à sa propre architecture. Car  l’exposition tend à nous faire entrer dans le processus de création, comprendre les enjeux de chaque architecture en fonction de son contexte et de son Histoire. Des vidéos complètent tout du long la présence des maquettes, permettant d’appréhender les réalisations dans leur réalité durable, au fil des saisons. 

Détail plutôt inhabituel, l’espace d’exposition est baigné d’une ambiance musicale douce, contribuant à l’atmosphère de sérénité et même de spiritualité qui se dégage des constructions de l’architecte. Son église sur l’eau et son église de la lumière sont d’une épure et d’une grâce inouïes, symptomatiques du style de Tadao Ando qui travaille au corps les éléments primaires tels que l’eau, la lumière et la terre. Les bases de son langage architectural pourrait-on dire, primant sur les matériaux eux-mêmes. Ce ne sont pas les murs qui comptent mais leur agencement et les espaces interstitiels, les zones de non-matière. Inspiré de la tradition shintoïste qui considère le néant comme matriciel, Ando s’attache à donner au vide une place essentielle dans sa démarche et pratique une architecture qui réhabilite le corps humain au centre de l’expérience.

Les œuvres de Tadao Ando sont l’écho de sa pensée et l’émanation du paysage, elles touchent l’âme en un lieu mystérieux et incitent à la contemplation, au recueillement. Il est magique de vivre ce face à face avec ces déclinaisons (réalisées ou non ou en cours, comme le très attendu projet de réhabilitation de la Bourse du Commerce à Paris) de son geste architectural qui appellent toutes le ciel, l’ancrage dans la terre et surtout, nous invitent à nous habiter nous-mêmes.

Par Marie Plantin

Tadao Ando, le défi
Du 10 octobre au 31 décembre 2018
Galerie 3, Niveau 1
Au Centre Georges Pompidou
Place Georges Pompidou
75004 Paris
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