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L’iconique magazine de mode Harper’s Bazaar déploie son histoire au MAD

Il faudra bien sûr patienter avant de pouvoir découvrir cette riche exposition dédiée au célèbre magazine de mode américain Harper’s Bazaar au Musée des Arts Décoratifs mais en attendant de vous y rendre en chair et en os, on se permet de vous mettre l’eau à la bouche et de vous livrer nos impressions encore fraîches. Rêver n’a jamais fait de mal à personne et s’il y a bien un secteur qui remplit les mirettes de beauté, n’est-ce pas la mode et l’imaginaire qu’elle génère ?
Actuellement contrainte au confinement afin de limiter au maximum la propagation du Coronavirus et ses dégâts humains considérables, la population parisienne et francilienne férue de fêtes nocturnes et de sorties diurnes, habituée à jouir de l'extraordinaire offre culturelle de la capitale, s’apprête à ne plus mettre le nez dehors pour une durée qui va lui sembler longue mais, si elle s’avère efficace dans son impact sur la maîtrise de la contamination, s’achèvera bientôt pour laisser place à un printemps digne de ce nom. Car si toutes les bonnes choses ont une fin, que l’on se rassure, les mauvaises aussi. La vie est ainsi faite de cycles quand bien même ce qui nous touche aujourd’hui est particulièrement inédit et inquiétant. C’est pourquoi il nous tient à coeur en ces lignes de continuer à vous parler de l’actualité des expositions parisiennes qui ont l’avantage de se déployer sur des périodes vastes courant jusqu’à l’été. Horizon agréable à évoquer. C’est ainsi de “Harper’s Bazaar”, bien entendu fermée au public pour le moment mais qui se tient jusqu’à la mi-juillet dans les galeries de la mode entièrement rénovées et tout juste ré-ouvertes du Musée des Arts Décoratifs.

L’exposition est une immersion passionnante et chronologique dans l’histoire de ce magazine né à la fin du XIXème siècle, en 1867 très exactement, à New-York, à l’initiative des frères Harper du groupe de presse Harper &  Brothers. L’idée est de faire une revue qualitative sur la forme et le fond, relais de la création en matière de mode mais pas seulement, un magazine alliant art de vivre et plumes littéraire, véhiculant idées féministes et progressistes. En ce sens, la première rédactrice en chef du titre, Mary Louise Booth, a le profil idéal d’une femme de son temps, audacieuse et engagée. Suffragiste, abolitionniste, partisane de l’Union dans le cadre de la guerre civile américaine, la personnalité affirmée de cette femme de lettres, francophile qui plus est, donne le LA de l’identité du magazine qui en conservera tout au long de son évolution originalité et avant-gardisme.

C’est sur deux étages, dans des espaces ouverts en enfilade, privilégiant une déambulation fluide sous une lumière claire, murs et plafonds laissés dans leur jus, bruts, sans revêtement, permettant d’appréhender le volume et la facture du bâtiment, que l’exposition déploie son parcours au rythme des époques et des changements de rédaction, alternant couvertures de magazines grand format et modèles de robes au cours du temps. Elle invite à plonger dans une Histoire qui tire sa source bien plus avant, au temps des illustrations de mode dans les gazettes du XVIIIème siècle, gravures issues d’une tradition de l’illustration remontant aux origines de l’imprimerie. Elle permet également de prendre conscience de la place fondamentale de la création photographique en ses pages et du rôle indispensable de la revue dans la carrière artistique de photographes invités à y participer. Une occasion royale pour le grand public d’y découvrir leur style, graphique ou romantique, surréaliste ou cinématographique, abstrait ou narratif, leur regard, classique ou visionnaire, sensuel ou papier glacé, sur le vêtement, le modèle, la silhouette de mode. Louise Dahl-Wolfe, Man Ray, Richard Avedon, Peter Lindbergh, Jean-Paul Goude… tant de clichés qui ont marqué l’imaginaire collectif dans le domaine et qui auront contribué à mettre en valeur le style des plus grands créateurs. L’exposition n’oublie pas de présenter de nombreux modèles de robes en lien avec les parutions, depuis le XIXème jusqu’à aujourd’hui, proposant une savoureuse traversée du XXème siècle à travers ses couturier.res précurseurs et maisons phares : Jeanne Lanvin, Madeleine Vionnet, Chanel, Elsa Schiaparelli, Christian Dior, Courrèges, Lagerfeld, Vuitton, Alexander Mc Queen, Dolce & Gabbana… les robes exposées, sélectionnées avec soin, témoignent de l’évolution de la silhouette féminine au fil des époques et composent un panorama de silhouettes enchanteur, rehaussé d’accessoires (chaussures et bijoux surtout). Sans oublier les stars et top modèles qui ont contribué à l’aura du magazine, que ce soit des actrices comme Katharine Hepburn ou Audrey Hepburn, des chanteuses internationales (Madonna, Rihanna...) ou des mannequins vedettes, Kate Moss et consoeurs sublimes portées au nues dans les années 90 (Cindy Crawford, Claudia Schiffer, Helena Christensen…).

Le défilé mis en lumière n’est pas seulement celui de la mode mais également l’évocation de la succession des rédactrices en chef de tempérament qui ont su garder l’héritage de la première version du magazine tout en apportant leur touche et leur ancrage dans l’évolution des arts et des moeurs et faire perdurer la teneur littéraire qui a fait la ligne du magazine depuis ses débuts. Virginia Woolf, Colette, Simone de Beauvoir, Françoise Sagan, Jean Genet, Truman Capote, Carson McCullers et bien d’autres plumes trempées ont imprégné de leur patte le contenu éditorial. Et si Harper’s Bazaar impose indubitablement une esthétique forte faite d’élégance et de modernité dans son design de détail et d’ensemble, si ses couvertures font mouche, attirent le regard et renvoient du rêve plein les yeux, si sa mise en page équilibrée entre textes et images, ses innovations visuelles, restent dans les annales et les mémoires, son contenu n’en est pas moins à la hauteur de l’ambition qualitative générale du magazine. La grande époque où la presse avait encore du panache ! Il fait bon se le rappeler au gré de ce parcours exemplaire et en prendre de la graine.

Par Marie Plantin

Harper’s Bazaar
Premier magazine de mode
Du 28 février au 14 juillet 2020
Au MAD - Musée des Arts Décoratifs
107 Rue de Rivoli
75001 Paris
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