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La Compagnie Kobal’t met tous nos sens en émoi avec une version fringante d’Hamlet

Il vous reste encore une semaine pour découvrir cette formidable version d’”Hamlet” portée par la Compagnie Kobal’t qui convoque les spectateurs du Théâtre de la Bastille en une assemblée d’intense proximité et nous donne à entendre la langue de Shakespeare renouvelée.
Actuellement et depuis le 9 janvier dernier, soit un mois durant d’exploitation (ce qui, à Paris, relève du défi), la Compagnie Kobal’t, familière du Théâtre de la Bastille qui sait cultiver les fidélités durables avec les artistes, livre une superbe version d’"Hamlet”, festive et poignante, dans une traduction bien sentie, renouvelée par Clément Camar-Mercier, proche collaborateur de la compagnie. Dans le rôle titre ainsi qu’à la mise en scène, Thibault Perrenoud, visage lunaire d’une mobilité fascinante, stupéfiant de grâce, d’innocence et de ruse mêlées, fait mouche. Son geste théâtral est remarquable et révèle une approche ultra pertinente de la pièce qui ne consiste pas à la tirer vers une contemporanéité forcée mais bien à la remettre dans son contexte de création, se référant à l’époque élisabéthaine où le théâtre se jouait dans une salle circulaire devant un public bruyant et s’exprimant. Cette architecture agissante créant un réseau d’échos entre les comédiens en action et les spectateurs en interaction, se retrouve ici déplacée au sein d’un dispositif tri-frontal accueillant à même le plateau une partie du public, assis en rangées alignées et serrées mais également attablé au coeur même de la scénographie. Rien n’est donc daté ici, au contraire, car la représentation convoque puissamment l’ici et maintenant, le présent collectif, reliant intensément la communauté des acteurs et des spectateurs en un même centre éclaté organisant la répartition du jeu dans l’espace.

Rarement on avait ressenti face à un classique une telle vibration du public, un tel corps uni, vrombissant ses réactions expressives, peur, hilarité, dégoût, toute une palette d’émotions puissantes que le spectacle génère par le biais d’une troupe de comédiens remarquables réduits à minima au quota de cinq, la pièce contenant bien plus de personnages. Mais la deuxième excellente idée du spectacle réside dans le choix de faire endosser à chaque comédien, hormis Hamlet, deux rôles, orchestrant un réseau de résonances entre les personnages, les situations, les enjeux, qui ne font que rendre grâce à l’incroyable consistance de la pièce, à sa richesse de sujets et thématiques embrassées. Ainsi, Ophélie et Gertrude sont interprétées par Aurore Paris, Polonius et Laërte, père et fils par Guillaume Motte, le spectre du père d’Hamlet et l’oncle Claudius par Pierre-Stefan Montagnier et Mathieu Boisliveau joue l’ami fidèle Horatio ainsi qu’un comédien dans la fameuse scène de mise en abyme du meurtre. Outre cette cohérence dramaturgique, ajoutons à cela la beauté et l’ingéniosité des décors et costumes qui confèrent à la pièce son esthétique de fin de banquet et son mouvement intrinsèque. Mariant à l’envie et sans complexe prosaïsme, grotesque et lyrisme, cet “Hamlet”-là est d’une folle vivacité, il ravive la pièce de Shakespeare avec une intelligence admirable, doublé d’un sens aigu du rythme et de l’espace et réconciliera assurément les réfractaires au répertoire.

Par Marie Plantin

Hamlet
Du 9 janvier au 8 février 2020
Au Théâtre de la Bastille
76 Rue de la Roquette
75011 Paris
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