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La Cordonnerie fait son cinéma live et c'est quand même du théâtre !

La dernière création de la compagnie la Cordonnerie, "Dans la Peau de Don Quichotte",  est un ciné-spectacle tendre et drôle dans lequel un petit bibliothécaire perd le Nord et se prend pour le célèbre chevalier justicier.
Dès la première minute on est conquis. Pourtant un samedi soir pluvieux de janvier, on l'avoue, on était un peu frileux à l'idée de mettre le nez dehors. Parfois il faut beaucoup aimer le théâtre, se faire un peu violence pour y croire encore et se lancer à la découverte d'une compagnie que l'on ne connaissait que de réputation. La Cordonnerie a bonne presse, le bouche à oreille n'en dit que du bien et l'on voit des étoiles s'éclairer dans les yeux quand les gens en parlent. Ce qui est toujours bon signe. Alors, nous y voilà, on a bravé nos instincts casaniers hivernaux et on regarde avec étonnement tous ces adolescents autour de nous s'ébrouer, discuter avec entrain ou repliés sur leur téléphone, captivés par je ne sais quel jeu bien de leur âge mais pas du nôtre. Et puis le noir se fait. Une voix s'élève, nous attrape. Plus rien n'existe que l'histoire qui va nous être racontée, sortie d'un carton déniché dans un vide-grenier, d'un scénario inachevé qui s'offre à la compagnie en panne d'inspiration comme un trésor, la clef de leur nouveau spectacle que voici donc.

"Dans la Peau de Don Quichotte", c'est l'histoire de Michel Alonso, un petit bibliothécaire de rien du tout, employé solitaire tout entier attelé à sa tâche et ficelé à son bureau, rivé dans ses livres et son ordinateur, chargé de superviser le passage à l'an 2000 et son bug redouté. L'homme ne lève jamais le nez ou si peu, marmonne entre ses dents quand il s'agit de s'adresser à quelqu'un. Seule une femme, belle, altière, souriante, le tire un instant de son labeur et lui fait fondre le cœur immédiatement. Un coup de foudre. L'élue replace un livre dans les rayonnages avant de disparaître aussi sec. Une apparition. Ce livre, c'est le "Don Quichotte" de Cervantès. Arrive la date fatidique du 31 décembre. Et voilà qu'au lieu du bug informatique craint, c'est Michel Alonso lui-même qui débloque et se prend pour... Don Quichotte de la Mancha. On bascule alors dans les plaines désertiques espagnoles, et le technicien de surface de la bibliothèque municipale devient en la personne de Sancho Panza le compagnon d'aventures du chevalier à la triste figure. Et notre tandem improbable de parcourir la contrée en vue de secourir la veuve et l'orphelin.

Le propre de la Cordonnerie (dirigée en duo par Samuel Hercule et Métilde Weyergans) étant de créer des ciné-spectacles dans lesquels théâtre et cinéma s'accordent, se complètent, interagissent, "Dans la Peau de Don Quichotte" relève du même dispositif pluridisciplinaire qui a fait l'identité et la reconnaissance de la compagnie. On est donc face à un écran, entouré, à jardin, de deux musiciens et leur tripoté d'instruments, et à cour, des bruiteurs, narrateurs. Si la première partie se passe majoritairement à l'écran, dévolu à l'image, l'espace scénique se vouant à la fabrication en direct du son - entreprise fascinante par ailleurs, tout aussi captivante que le film projeté -, la seconde partie opère un ré-équilibrage et l'image se prolonge au plateau, dans un dédoublement des comédiens pertinent puisque le propre de Don Quichotte est de voir le monde tel que son esprit le façonne et non tel qu'il est, autrement dit de vivre dans un monde parallèle à la réalité. Le regard s'adapte très facilement à ce morcellement des espaces, il circule de l'un à l'autre en toute aisance. L'image et le son se diffractent, le dispositif est à nu puisque tout se fait à vue mais le procédé n'empiète pas sur la narration, la forme ne parasite pas le fond, elle ne nous empêche nullement d'entrer dans la fable, de sauter à pieds joints dedans d'emblée. Au contraire, elle l'alimente d'une dimension artisanale et bricolo qui vient lui donner sa patine, sa magie et une épaisseur supplémentaire, celle des jeux de l'enfance et de l'évasion par le rêve.

Ce spectacle délicat et sensible, ingénieux et inventif, est soigné dans ses moindres détails et c'est un régal pour les yeux et les oreilles. Sa réalisation est virtuose, le texte s'écoute avec délectation, le film est magnifique, les comédiens parfaits et la musique (signée Timothée Jolly et Mathieu Ogier), n'en parlons pas, elle est splendide et nous immerge immédiatement dans cet univers qui oscille entre les lieux et les époques, entre réalisme et fantaisie, imaginaire et folie, littérature et cinéma. Le personnage de Don Quichotte envahit l'esprit de Michel Alonso au point de lui faire perdre la raison. Et notre petit bibliothécaire picard de se faire son cinéma comme La Cordonnerie nous fait le sien. Tout se tient. Tout se recoupe sans cesse, le scénario est remarquablement troussé, on se retrouve ému comme un enfant. Que dis-je ému, bouleversé par le destin de ce héros au cœur pur.

Par Marie Plantin

Dans la peau de Don Quichotte
Du 25 janvier au 10 février 2018
Au Nouveau Théâtre de Montreuil
10 Place Jean Jaurès
93100 Montreuil

Du 1er au 9 juin 2018
Au Théâtre de la Ville / Théâtre des Abbesses
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