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La Danse de Carolyn Carlson pour éveiller les jeunes consciences

Signé Carolyn Carlson pour le jeune public, "Seeds" revient dans les murs où nous l'avions découvert en 2016 avec émerveillement, le Théâtre de Chaillot. Une invitation au rêve, un concentré d’humour et de poésie mêlés.
"Seeds – Retour à la terre" s’adresse au jeune public en particulier, ce qui n’est pas commun chez la chorégraphe. Fidèle à elle-même, à son esthétique, aux thématiques qui l’animent, Carolyn Carlson y déploie sa gestuelle généreuse, toute en bras, en grâce, en expressivité, en torses souples et grandis, en tournoiements et figures graphiques se déliant jusqu’au bout des doigts.

Sur le plateau, trois danseurs. Un couple asiatique, homme et femme, comme au premier jour de l’humanité, homme et femme comme le début de tout, la possibilité de la vie, la condition des deux réunis pour que création il y ait, la source de l’étincelle première. Et puis un troisième larron, personnage à part, pris dans un autre espace/temps, une autre réalité, comme figurant la conscience des deux autres, une conscience faite présence, une conscience faite danse. Un être symbolique qui vient tisser patiemment le lien défait entre l’homme et la nature. Il est le trait d’union, le pont tendu, à traverser. Un pied sur terre, l’autre dans le vent. Il est le lien avec l’avenir à écrire, le lien avec les racines, il a le nez dans le présent, il est le fil du temps. Caution humoristique du spectacle également, expressif et percutant, il entre en interaction avec la scénographie, arbre miniature, globe terrestre ou grottes de pierre. Car ici les dimensions de l’univers entrent dans la cage de scène, via maquettes concrètes et vidéos cosmiques et calligraphiques où s’invite Elyx, le petit personnage dessiné, rudimentaire et malicieux, inventé par l’artiste Yacine Aït Kaci.

Comme à son habitude, Carolyn Carlson a le souci du détail, du travail précis et bien fait, le sens de l’harmonie entre les différents éléments piliers du spectacle (la chorégraphie, la musique et la scénographie), le goût de la gravité et de l’humour mêlés. Sa danse est le fruit d’une énergie créative phénoménale, toujours la même, toujours renouvelée. Les scènes sont d’une puissance majestueuse, comme sorties de l’imaginaire d’une très vieille dame autant que d’une toute jeune enfant. Un papier kraft froissé, des masques, des graines jaillissantes, quelques lumières et ce sont des vers luisants dans la nuit, un tube en carton et voilà une longue vue pour observer les étoiles… la poésie naît de rien, l’artisanat n’est jamais loin, marié aux nouvelles technologies qui viennent se manifester par cette vidéo verticale tapissant un puits d’images vers l’infiniment haut, l’infiniment grand, l’infiniment mystérieux.

Aux commandes musicales, après le père (René Aubry, compagnon de route sur de nombreuses créations), le fils, Aleksi Aubry Carlson, créé une partition sur mesure cheminant d’atmosphères inquiétantes en emballements vivifiants. Violons, guitares électriques, percussions, clochettes... la composition riche, usant de la répétition comme c’était la marque de fabrique de René Aubry, habille une danse à la fois abstraite et illustrative, l’imprègne de ses humeurs, de ses élans, de ses états d’âme mouvants. Les danseurs s’y fondent, s’y coulent, comme on se glisse dans un vêtement taillé pour soi. A l’image des robes que porte la danseuse Chinatsu Kosakatami (interprète fidèle de Carolyn Carlson), aux couleurs changeantes, blanche, crème, rouge, et la dernière, verte avec son ventre luminescent, image d’espoir et de vie nouvelle, de renouveau et de permanence.

Car "Seeds – Retour à la terre" est aussi un spectacle sur le cycle, signe d’éternel recommencement. Quand Chinatsu Kosakatami tourne sur elle-même comme un derviche ancestral, l’image est pleine et en génère d’autres dans son sillon. La danseuse devient astre, globe terrestre pris dans son mouvement infini, elle est symbole de vie.

Carolyn Carlson sème son art et nous en récoltons les fruits. Grâce lui soit rendue.

Par Marie Plantin



Carolyn Carlson – "Seeds (Retour à la terre)"
Du 17 au 20 avril 2019
Au Théâtre National de Chaillot
Salle Firmin Gémier
1, Place du Trocadéro
75016 Paris
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