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La douceur exquise des toiles de Foujita s’expose au Musée Maillol

50 ans après sa mort, le Musée Maillol met en lumière l’oeuvre douce et généreuse du plus parisien des peintres japonais, Foujita.
Il fallait un cadre intime pour exposer les toiles de ce peintre japonais, parisien d’adoption dans les années 20, qui s’initia à la bohème de l’époque et peignit avec une délicatesse folle ce qui l’entourait, d’un trait sûr et léger, calligraphique, mariant l’Orient et l’Occident dans un même geste. Le musée Maillol s’y prête à la perfection, déroulant ses salles à l’étage, de petite taille, cocons en adéquation avec l’échelle des tableaux, pour mieux nous éblouir sur la fin dans le grand espace du bas avec ses panneaux immenses qui synthétisent à eux seuls tout le talent de l’artiste.

On vogue ainsi, de toiles en toiles et de salles en salles, dans le Paris des années folles, suivant l’évolution et le retour des motifs qu’affectionne le peintre, ses influences, ses muses, l’épanouissement d’une personnalité singulière tout à la fois dans son temps et en retrait, aimant faire la fête et sortir dans une capitale en pleine effervescence artistique, poser dans des photographies extrêmement mises en scène (Foujita avait un sens de l’image incroyable, tout autant qu’un sens esthétique du vêtement remarquable) et travailler, solitaire, dans son atelier, perfectionnant sa technique, impressionnante de maîtrise. Car plus que tout, Foujita chérissait sa liberté. Une liberté que l’on retrouve autant sur la forme que sur le fond, le peintre n’ayant jamais renié sa culture orientale, trempant son encre japonaise dans la modernité française de l’après-guerre, pour affirmer un style rien qu’à lui, immédiatement identifiable.

Ses sujets varient. Certains passent, d’autres reviennent et s’imposent, comme les chats, les autoportraits, les enfants, les femmes nues. Mais à ses débuts, ce sont des vues de Paris qu’il peint, paysages urbains en petits formats, relevant d’un regard délicat, attentif au détail, épurant le motif pour atteindre la substantifique moelle, la poésie du cadre. Une poésie que l’on retrouve dans ses aquarelles, portraits d’amis, d’enfants, d’une exquise subtilité, inspirées, dans leur figuration expressive et épurée, par l’art primitif grec et égyptien. Elles sont présentées à juste titre en regard d’un “Buste de jeune fille” en bronze poli, signé du sculpteur Zadkine, d’un raffinement extraordinaire. Puis s’exhibent en contraste ses toiles plus colorées, peintures à l’huile plus grasses en phase avec l’euphorie post première guerre mondiale. Foujita est branché sur l’esprit de fête qui règne à cette période, il sort le soir et peint tout le jour, ne perdant pas une miette des folies qui enflamment la nuit le quartier du Montparnasse où il vit, épicentre du tourbillon de joie de vivre et de créativité débridée que représentent ces années-là. L’exposition présente à ce sujet un documentaire fascinant sur les Années Folles. 

Motif récurrent dans son oeuvre, les chats s’invitent régulièrement dans les toiles de Foujita, seuls en portrait ou lovés à côté d’une femme, quand ils ne sont pas tout simplement partie prenante des autoportraits de l’artiste, prolongeant la douceur dégagée par cet homme au look atypique, dénotant un goût assumé pour la mise en scène de soi, un sens aiguisé de la mode, une modernité proprement surprenante avec le recul. Frange rectiligne, mini moustache, petites lunettes rondes, anneaux d’oreilles, passionné de couture, Foujita fabriquait lui-même ses vêtements et inventait son style avec une assurance dénuée de calcul. Il avait compris bien avant l’heure l’importance de l’image que l’on renvoie, que la notoriété est aussi affaire d’apparence et il savait en jouer à merveille, suivant son inclination naturelle. Les photos de lui, exposées en regard des autoportraits picturaux, en témoignent parfaitement.

Foujita peignait ses chats, sa propre tête mais aussi et surtout les autres, les femmes en tête. Sa série de nus féminins à la peau de lune est une splendeur. Inspiré par les Odalisques de l’Histoire de l’Art (celles d’Ingres, du Titien, de Velasquez), l’Olympia de Manet ou les nus de Modigliani, Foujita fait entrer le genre (absent de la peinture japonaise) dans ses peintures, usant de l’aquarelle, de l’encre de chine, de la mine de plomb ou de l’huile sur toile, pour représenter dans des tableaux en cinémascope des corps alanguis dans leur imposante horizontalité. La chair y apparaît dans toute sa généreuse transparence, d’une blancheur d’ivoire, Foujita excellant dans la technique du glaçage au rendu si laiteux qui a fait sa marque de fabrique.

On retrouve des nus dans la vaste salle du bas divisée en deux espaces concomitants pour exposer deux chef-d'œuvres magistraux, imposants par leur taille autant que par leur exécution. Ces grandes compositions sous forme de panneaux sont des commandes à l’origine mais l’une d’entre elle deviendra, suite à un différend avec le commanditaire, une réalisation personnelle de l’artiste qui en fait quasiment un manifeste. On y retrouve des échos à la statuaire de la Renaissance, des citations de l’Histoire de l’Art occidental ("La Vénus au miroir" de Velasquez, "Le Baiser" de Rodin), dans une composition foisonnante où les corps musculeux envahissent l’espace, en lutte ou en étreinte. Quant au second panneau, c’est un paysage d’influence orientale, sur fond d’or, avec fleurs et animaux (chat, coqs et oiseaux), relevant d’une grâce inouïe.

L’exposition pourrait s’arrêter sur cette apothéose mais elle se poursuit, explorant les expérimentations du peintre du côté de la nature morte, son lien avec l’Art Déco, pour se clore sur son exil volontaire en Amérique latine. A ses côtés, on aura traversé une époque, celle de l’entre-deux-guerres à Paris, épousé la vision d’un Japonais plongé dans les coutumes et la culture occidentale, réalisant dans son oeuvre un trait d’union fluide et continu entre deux continents. A l'image de son trait justement, ligne claire, fine et ondoyante, reconnaissable entre toutes dans l'évidence de son élégance, jamais rompue, filant sur ses toiles, sculptant la forme et les contours pour mieux souligner la chair de la peinture.

Par Marie Plantin

Foujita
Peindre dans les années folles
Du 7 mars au 15 juillet 2018
Au Musée Maillol
61 Rue de Grenelle
75007 Paris
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