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La puissance expressive des toiles de Paula Rego

C’est un parcours thématique fort qui nous invite à plonger dans l’œuvre méconnue de l’artiste portugaise Paula Rego au musée de l’Orangerie et à découvrir sa peinture, puissante, figurative, toute en saynètes mystérieuses et troublantes, inspirées par les contes de notre enfance et les héroïnes de la littérature.
On ignorait tout de cette artiste portugaise en entrant dans les salles souterraines du musée de l’Orangerie et dès le début on est happé. Par son univers et ses motifs récurrents, par la force évocatrice de son trait, par l’intensité chromatique de sa palette, par l’expressivité des visages et des corps. Mais c’est par ses installations de matériaux hétéroclites (papier mâché, tissu et autres textiles, bois, plâtre…) qu’on est accueilli, des compositions évoquant tout autant l’enfance et l’effroi qui ne sont pas sans rappeler le travail d’Annette Messager ou la passion pour les masques de James Ensor. Un petit théâtre de marionnettes inertes, constitué de personnages hybrides, de créatures animales, qui est une introduction parfaite à ce qui nous attend par la suite dans son œuvre picturale, une invitation à pénétrer plus avant l’antre de ses toiles, plus cruelles que tendres, comme l’indique le titre de l’exposition.

En effet, inspirée tout autant par la Comtesse de Ségur et ses “Malheurs de Sophie” baignés de sadisme que par les contes populaires de son pays, par Balzac et Jean Genet, Jane Eyre ou “Fantasia” de Disney, Paula Rego invente des histoires à sa manière, sur la surface de la toile, au pastel essentiellement, à l’acrylique aussi, sur des formats plutôt grands, ce qui donne l’impression qu’on pourrait rentrer dedans. Certaines scènes qu’elle orchestre font froid dans le dos. Ses gravures à l’aquatinte sont superbes, appellent dans l’imaginaire les illustrations d’un Arthur Rackham ou de Gustave Doré. L’exposition justement met en relation pertinemment les œuvres de l’artiste avec ses inspirations souterraines, comme Odilon Redon, Goya, Degas… et Ron Mueck, son gendre. L’effet d’écho entre le "Pinocchio" du sculpteur et le tableau de Paula Rego, exposés en miroir, comme si l’un sortait de l’autre, est saisissant. Quant à ses figures de femmes, elles sont massives, musclées, animales, terriennes.

Il y a quelque chose de rugueux dans la théâtralité de ses compositions et le rendu de la matière. L’art de Paula Rego est rêche, il ne se laisse pas dompter facilement et infuse sa puissance expressive sans prendre de gants. Fascinant.

Par Marie Plantin

Les contes cruels de Paula Rego
Du 17 octobre 2018 au 14 janvier 2019
Au Musée de l’Orangerie
Jardin des Tuileries (côté Seine)
75001 Paris
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