Actualités
vendredi 22 septembre 2017
Ecouter Ovide en famille dans la cale d'une péniche
 
Actualités
jeudi 21 septembre 2017
Trois jours de fête gastronomique au Food Temple
 
Actualités
jeudi 21 septembre 2017
Migration et hospitalité à l’honneur du festival Welcome ! au Musée de l’immigration
 
O Gilgamesh

La Vaste Epopée de Gilgamesh dans un mouchoir de poche

En ce moment, dans l’écrin minuscule des Déchargeurs, trois comédiens mettent en jeu l’épique épopée de Gilgamesh dans un geste de théâtre humble et ambitieux à la fois, d’une poésie universelle.

Inspirée des récits mythiques entourant la légende du roi éponyme, l’épopée de Gilgamesh est probablement l’un des plus anciens textes littéraires de l’humanité appartenant à la tradition ancestrale orientale du conte nomade, à la culture populaire et sa dimension orale. CAGE CompAGniE, collectif travaillant le jeu d’acteur dans son registre physique avant tout (mime, clown, acrobatie, arts martiaux) via un entraînement intensif et une discipline journalière, s’empare de cette œuvre en mouvement permanent, voyage initiatique narrant les tribulations de son héros, aventurier obstiné, bravant peur et limites pour s’élever sans cesse et atteindre son but suprême, à l’enjeu intime et vital, rencontrer l’immortel qui seul pourra lui révéler le secret de la vie et de la mort et l’éclairer sur le sens de l’existence.

C’est donc à un récit tout à la fois mythique et métaphysique auquel s’attèlent les comédiens et leur metteur en scène Edgar Alemany, un récit où le corps est en jeu tout du long, impliqué, malmené, soumis à rude épreuve, un corps en mouvement permanent qui toujours va de l’avant, un corps désirant, au contact des éléments, un corps puissant, un corps mortel tout simplement. S’inscrivant dans la lignée du travail de Peter Brook ou d’Ariane Mnouchkine, celui d’un rapport épuré au plateau (simplicité des costumes, peu de décor, un minimum d’accessoires), usant de techniques de jeu héritées de la tradition orientale, CAGE compAGniE construit un théâtre pauvre (au sens d’Arte Povera), modeste, humble, mais non dénué d’ambition artistique forte et sous-tendu par un travail de fond évident. Le centre de ce travail est l’acteur, porteur du récit, passeur de l’histoire, pilier de ce théâtre qui fait se rejoindre en un même élan le geste et la parole, le corps et l’oralité. Dans une partition habilement répartie entre les trois comédiens qui alternent et s’échangent les rôles dans une fluidité limpide sans que jamais l’on ne perde le fil, Cyril Descours, Giorgia Ciampi et Amandine Audinot déploient leur gestuelle ample et nourrie, leur radieuse présence, leur écoute mutuelle, leur maîtrise technique indéniable.

Deux femmes et un homme, donc, qui prennent en charge non seulement le récit mais les situations, cousues les unes les autres dans une narration en ellipses, tenue et tendue, accompagnée d’une jolie partition musicale de Joan Bagès qui vient habiller l’humeur des scènes, souligner l’atmosphère émotionnelle, envelopper dans leur entreprise les trois comédiens aux multiples rôles. Les prises de parole sont justes, les saillies d’humour parfaitement dosées, les anachronismes temporels témoignent de la distance prise avec l’œuvre, en une adaptation qui tend à traverser l’épopée, à la prendre à bras le corps mais sans s’enfermer dans une déférence paralysante. Une liberté que l’on ressent dans le jeu, dans la créativité qui émane de chaque comédien, Cyril Descours en tête, port de tête superbe, vif et agile, funambule et félin, d’une grâce intemporelle, d’une palette émotionnelle infiniment variée. Son visage en avant-scène ressemble à une offrande. Sa beauté, une bénédiction.

Ce "Ô Gilgamesh" est un spectacle généreux, à l’image de ce collectif qu’est Cage CompAGniE. Le fruit d’un travail de troupe à petite échelle, au rayonnement que l’on espère large.

Par Marie Plantin

Ô Gilgamesh
Du 5 au 30 septembre 2017
Au Théâtre des Déchargeurs
3 Rue des Déchargeurs
75001 Paris
Réserver cet évènement