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Laïka, un seul en scène ébouriffant, drôle et bouleversant sur les oubliés de la société

David Murgia, que l’on connaît surtout via le Raoul Collectif dont il fait partie, subjugue dans un seul en scène impressionnant, accompagné à l’accordéon. “Laïka” est une logorrhée verbale poignante et captivante, un conte à plusieurs voix qui donne à entendre celles des humbles et des oubliés de la société, des invisibles et des petites gens.

Il parle comme s’il y allait de sa vie, comme s’il y allait de la nôtre aussi, comme si nous devions savoir absolument, comme pour retenir notre attention le plus longtemps possible. Il parle dans l’urgence de raconter et ce débit ultra rapide qu’adopte le comédien David Murgia dirigé par l’auteur lui-même, Ascanio Celestini, nous maintient dans une écoute ardente, aux aguets, pleinement active. Dès les premiers mots prononcés, David Murgia nous lance une corde imaginaire, depuis la scène jusqu’à nous, et nous ne la lâchons plus. Accrochés que nous sommes à ce conteur terrestre et céleste à la fois, à ce prophète de comptoir, à cet illuminé qui s’enivre du réel au dehors de ce bar où il prêche la parole des autres. Et ce sont des portraits bouleversants qui émergent de ce récit en mille feuilles dont on ne perd ni une miette ni le fil tant le comédien nous happe et nous guide avec une virtuosité éblouissante. Il y a le clochard sur le parking du supermarché, l’immigré africain manutentionnaire, il y a la vieille au cerveau embrouillé et sa voisine qui lui remet les idées en place, il y a la prostituée du coin, il y a cet homme qui connaît toutes les histoires et les déverse jusqu’à plus soif, comme s’il était le carrefour de toutes ces humanités.

Ponctué par les saillies et les envolées d’accordéon de Maurice Blanchy qui accompagnent le récit dans sa musicalité intrinsèque, “Laïka” nous emporte et nous transporte, nous fait rire et nous étreint jusqu’aux larmes dans sa propension à lever le rideau sur les invisibles de la société, à harponner une réalité sans sacrifier pour autant la langue. Car l’écriture d’Ascanio Celestini est tout à la fois prosaïque et poétique, elle roule jusqu’à nous en un déferlement grandissant, une chevauchée qui tire son lyrisme de la sueur, de la souffrance, du comptoir et du trottoir. David Murgia est saisissant de bout en bout, traversé par ce texte qu’il déploie avec une ferveur abrasive. Jamais il n’illustre son propos ni ne cherche l’imitation et pourtant chaque voix existe et les âmes de tous les êtres convoqués semblent s’incarner dans les petites lampes dispersées à même le sol, comme des lucioles, des sentinelles qui nous raccrochent à notre humanité qu’il est si facile d’oublier, voire pire, d’enterrer. “Laïka” nous incite à rester vivant, à ne jamais faire l’impasse sur la considération et le respect, à tendre la main à son prochain, à rugir devant l’injustice, à agir.

Par Marie Plantin

Laïka
Du 10 octobre au 10 novembre 2018
Au Théâtre du Rond-Point
2 bis Avenue Franklin Roosevelt
75008 Paris
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