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Laurent Goldring déshabille l’art du portrait de ses oripeaux et met à nu ses conventions tacites

A l’heure des selfies à gogo et de la déferlante de clichés intimes déversés sur les réseaux sociaux, Laurent Goldring oeuvre, avec exigence et sans prétention, à débarrasser les images de leurs conventions, à repenser la forme traditionnelle du portrait et sortir la représentation photographique de l’inéluctable reproduction du même. La Galerie Maubert lui ouvre ses espaces du sous-sol pour une expérience de perception qui vient bousculer nos habitudes, notre confort, et réveiller notre rapport identitaire à la figure humaine en général.
Après avoir fait du corps l’épicentre de son attention dans sa précédente exposition intitulée “Mouvement premier, Corps insensés” présentée à la Galerie Maubert en février 2017, Laurent Goldring poursuit son oeuvre plastique, indépendante quoique reliée, dans ses motifs et obsessions, de sa recherche scénique, avec un nouvel opus consacré cette fois au visage ou plutôt à la multiplicité des visages que chacun porte en soi. “Figure”, c’est son titre, présente cinq vidéos associées à une série de photographies, toutes axées sur des “figures” donc, même si aucune d’entre elles ne tend à faire portrait et envisage les visages exposés à la manière de récits. Tantôt de dos, nuque offerte à l’objectif, la couleur de la peau rougeoyante venant faire écho à la terre battue de ce que l’on devine être un terrain de Roland-Garros, diluant la personne dans son contexte en une observation fine, tantôt de face dans une vidéo en boucle (comme les affectionne l’artiste, sans début ni fin, dans un mouvement perpétuel et ininterrompu) exhibant la joie juvénile de touristes cheveux au vent sur la soufflerie d’une grille, prenant des photos à tout va face au Moulin Rouge, les oeuvres présentées proposent un au-delà du visage. Présent mais hors-champ car offrant son envers ou bien transformé par l’insouciance et la légèreté d’une situation ludique inattendue, ce n’est plus le visage que l’on regarde mais son étendue, un paysage, un écran au sens premier du terme qui tantôt vient faire barrage à la compréhension de ses signes extérieurs, tantôt déploie la palette de ses horizons possibles. Visage isolé dans le cadre, caché sous un masque animalier, perdu dans un monde de pixels télévisé ou démultiplié dans la foule, toujours singulier tout en étant commun, c’est toujours sa pluralité qui saute aux yeux, son mouvement intrinsèque qui le rend par définition indéfinissable, impossible à capturer dans une image fixe au risque de le réduire.

La question de la représentation et de ses interférences avec notre perception elle-même, est au coeur du travail de Laurent Goldring qui ne s’adonne ni à la facilité ni à la répétition du même, cherchant inlassablement à débusquer le corps premier, l’en-deçà de l’artifice, à démasquer la réalité mouvante des visages sous les attitudes attendues et postures reproduites jusqu’à la saturation et l’invisibilisation de ce qui est montré. A découvrir l'ailleurs dans l'ici et maintenant. A écrire, par l'image, d'autres récits de l'être humain. Laurent Goldring regarde et son regard traverse les apparences et vient sans cesse interroger nos médiums-miroirs.

Par Marie Plantin

Figure - Laurent Goldring
Du 6 février au 14 mars 2020
A la Galerie Maubert
20 Rue Saint Gilles
75003 Paris
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