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Le cinéma lituanien à l’honneur de la Cinémathèque Française

Du 15 au 28 janvier, la Cinémathèque Française fait le point sur le cinéma lituanien avec un cycle dense et intense qui parcourt près de soixante-dix ans de production cinématographique.
Mal connu dans nos frontières, hormis pour les plus cinéphiles qui ont déjà côtoyé la filmographie des réalisateurs Jonas Mekas et Sharunas Bartas, le cinéma lituanien est pourtant riche, singulier, prégnant. La Cinémathèque Française lui consacre une rétrospective qui court sur une quinzaine de jours, pour mieux appréhender ses différentes époques, des années 50 à nos jours, sa diversité esthétique et thématique. 

Le film le plus lointain temporellement et géographiquement est un film de Jonas Mekas justement, "Reminiscences of a Journey to Lithuania", tourné aux Etats-Unis, qui date de 1950, alors que le cinéaste vit déjà en exil sur le continent américain. Mais c’est de son pays et de son enfance qu’il s’approche lorsqu’il prend la caméra pour la première fois. Celui qui deviendra une icône du cinéma américain indépendant et underground, n’oubliera jamais ses racines, son passé, et consacre à son pays d’origine ainsi qu’au motif de la mémoire et du temps qui passe l’essence de son cinéma. Un week-end entier est consacré à trois de ses films, les 26, 27 et 28 janvier avec les projections de "As I Was Moving Ahead Occasionally I Saw Brief Glimpses of Beauty", "Lithuania and the Collapse of the USSR" et "Lost Lost Lost".

Suivent des films de la période des années 60-70, des années 90 puis des années 2000, signés par des réalisateurs inconnus en France. Une occasion rare de découvrir de nouveaux regards cinématographiques venus du Nord de l’Europe, d’un pays pris entre la rive orientale de la mer Baltique, et la Biélorussie, la Pologne et la Lettonie, donc au vu de sa situation géographique forcément ancré dans l’Histoire mouvementée du XXème siècle et de cette zone sismique, en étau entre l’Est et l’Ouest.

Reste que le plus représenté des cinéastes lituaniens est bel et bien Sharunas Bartas avec cinq films programmés ("Frost", son dernier en date avec Vanessa Paradis, "Trois Jours", "In the Mémory of a Day Gone By", "Few of us" et "Corridor"), son dernier film projeté en ouverture en séance privée, et sa présence pour une rencontre avec le public. Cinéaste rare, discret voire secret, Sharunas Bartas est de ces artistes qui ne s’encombrent pas avec le quotidien, l’anecdotique, le prosaïque. Son cinéma invite d’emblée à considérer la condition humaine dans ce qu’elle a de métaphysique, à contempler paysages et visages avec la même attention rêveuse. Il plonge ses personnages dans des espaces à perte de vue pour mieux observer leurs interactions. Ses films, peuplés de plans séquences et pauvres en dialogues, ressemblent à des introspections qui se dérobent en ralliant l’intime à l’universel de nos misères et de nos éclats, de notre obscure clarté, de nos silences et de notre solitude. Un train qui passe, une rivière qui coule, le vent dans les arbres, la lune à travers les nuages, un animal dans le paysage, le visage d’une femme, les rides d’un vieil homme, la caméra de Sharunas Bartas, par ailleurs chef opérateur sur ses propres films, capte la peau, celle de l’homme, celle de la nature. La peau, cette frontière tactile entre l’intérieur et l’extérieur, entre le visible et le caché. Sens du cadre et de la lumière, instinctif et hérité de la peinture des grands maîtres, ses images oniriques autant qu’ethnographique, donnent à la nature une place prépondérante. Et le rythme de ses films va à l’encontre de la frénésie occidentale contemporaine. Contemplatif, méditatif, sans souci de tenir une narration dynamique et tendue, son cinéma tient de la poésie visuelle, rend au temps sa matière et aux paysages leur géographie. Car chaque film correspond à l’exploration d’une contrée, souvent reculée, voire inaccessible, en Sibérie, au Maroc, en Lituanie ou en Crimée. Une invitation à ouvrir les yeux sur des territoires inconnus, des contrées lointaines, des îlots d’authenticité encore intacts. L’œuvre de Sharunas Bartas est ardue car sans concession, elle réclame de se départir de nos envies de vitesse et d’efficacité, elle invite au dépouillement et nous offre l’épure de ses plans hors du temps et par-dessus tout, un regard unique, mélancolique et bienveillant. 

On profite de ce cycle inédit que la Cinémathèque propose pour découvrir ou redécouvrir l’univers de ce cinéaste sensible et radical.

Par Marie Plantin

Cinéma Lituanien
Du 15 au 28 janvier 2018
A la Cinémathèque Française
51 Rue de Bercy
75012 Paris