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Le Musée de la Vie Romantique consacre une exposition aux salons littéraires

Conçu dans une association fructueuse avec le Petit Palais, le volet de l’exposition Paris Romantique présenté au Musée de la Vie Romantique plonge le visiteur dans l’atmosphère et les pratiques des salons littéraires propres au XIXème siècle. L’occasion de lever le voile sur un pan de notre Histoire via ces microcosmes artistiques et mondains. 
Niché dans une rue calme du 9ème arrondissement de Paris, le Musée de la Vie Romantique est un havre où il fait bon faire une halte, le temps d’un café ou d’une pause déjeuner en son jardin fleuri, à l’abri du brouhaha urbain. A peine l’entrée pavée franchie, on y oublie facilement être en plein cœur bouillonnant de la capitale tant le lieu respire une atmosphère paisible et bucolique dépaysante. Rien que pour le cadre, vous l’aurez compris, ce musée au charme intact vaut le détour. Mais le lieu ne se contente pas d’être adorable et accueillant, il possède une collection permanente, appréciable dans la petite maison face à l’entrée, le pavillon à l’italienne - le musée se répartit en plusieurs ailes distinctes - et propose régulièrement des expositions dans les ateliers situés de part et d’autre de la cour.

C’est donc dans l’atelier-salon d’Ary Scheffer, peintre et sculpteur qui vécut en ces lieux à la mi-temps du XIXème siècle, que se déploie l’exposition, en trois parties correspondant aux trois espaces du musée. Dans la première salle, où trône un piano à queue central, une bibliothèque aligne ses livres à la vue des visiteurs tandis que les murs se tapissent de toiles inspirées par des poèmes. Delacroix puise dans Lord Byron la matière picturale de “Combat du Giaour et du Pacha”, Louis Boulanger dans Victor Hugo pour son estampe “La Ronde du Sabbat”, Claudius Jacquand dans Lamartine. L’idée est de témoigner de la fraternité entre les arts qui existait à cette époque, de la circulation générée par les salons, vecteurs de rencontres et d’émulation réciproque, à l’encontre de l’image de l’artiste isolé cultivant sa solitude. C’est donc l’écrin d’un salon qui accueille le visiteur, une mise en atmosphère augmentée d’une bande son musicale en accord avec la période. Dans le petit cabinet qui jouxte cette entrée en matière, on peut se poser quelques instants pour apprécier sur des bornes d’écoute des extraits lus par des comédiens, souvenirs de récitation, mémoire d’une conversation au Salon de l’Arsenal, lettre décrivant une soirée au cénacle de Victor Hugo. Car la lecture à voix haute était largement pratiquée dans ces contextes où les écrivains se confrontaient à leurs pairs et testaient leur œuvre en cours sur un auditoire constituant un réseau d’affinités esthétiques.

La deuxième partie de l’exposition se penche sur les cénacles, ces cercles restreints fréquentés par des hommes et femmes de lettres triés sur le volet, et fait le focus sur quelques uns parmi les plus en vue : le Salon de l’Arsenal tenu par Charles Nodier, le Salon de l’Abbaye-au-Bois de Mme Récamier dédié à la promotion des œuvres de Chateaubriand, le cénacle de Victor Hugo, quartier général des romantiques où gravitent Alfred de Vigny, Gérard de Nerval, Alfred de Musset, Delacroix et bien d’autres encore, le Salon de Delphine de Girardin fréquenté entre autres par Théophile Gautier, Balzac et George Sand et enfin le club des Haschischins, autrement dit centré sur la consommation de cannabis, auquel participe Baudelaire qui lui consacre un descriptif dans un chapitre des “Paradis artificiels”. Tableaux (des portraits principalement), documents intimes comme ces albums Amicorum, livres d’or dans lesquels les invités pouvaient à l’envi consigner poèmes, dédicaces, billets d’humeur, et illustrations étayent cette immersion au cœur des salons où l’on débattait allègrement de poésie, d’art et de l’actualité politique. Cette salle s’achève par une carte interactive situant l’emplacement des salons littéraires les plus emblématiques de la capitale. Enfin, un escalier en colimaçon (ou l’ascenseur, le musée étant désormais accessible aux personnes à mobilité réduite) nous conduit à la dernière salle éclairée par la lumière naturelle d’une magnifique verrière sur un pan de mur en hauteur. Celle-ci opère une avancée de quelques années dans le temps, et aborde le passage à la postérité des écrivains, devenus figures publiques. On passe donc de la confidentialité et de l’entre-soi des salons à la médiatisation des artistes. Célébrés par des médaillons ou caricaturés par des gravures ou bustes épinglant leurs divers traits de caractère via l’accentuation de certains traits, les écrivains deviennent l’objet de représentations multiples et populaires, tantôt admiratives, tantôt caustiques.

Orchestrant, dans un climat de mondanités bourgeoises chaleureux et convivial, la rencontre des arts et plus particulièrement de la musique et de la littérature, les salons constituent une coutume phare dans la vie littéraire parisienne du XIXème siècle. Le Musée de la Vie Romantique en rend compte avec justesse, dans une exposition documentée, ponctuée de cartels explicatifs nécessaires pour comprendre les enjeux de ces rendez-vous réguliers. 

Par Marie Plantin

Paris Romantique, 1815-1848
Les Salons Littéraires
Du 22 mai au 15 septembre 2019
Au Musée de la Vie Romantique
Hôtel Scheffer-Renan
16 Rue Chaptal
75009 Paris
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