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Le Musée Marmottan se tourne vers l’Orient

Depuis début mars, le Musée Marmottan présente une exposition de toute beauté qui invite à revisiter la thématique orientale dans la peinture du XIXème siècle jusqu’aux prémices de la modernité au début du XXème. Une gageure et une splendeur à vivre comme un voyage transfiguré par la vision de peintres inspirés.
Sujet classique par excellence, dont les motifs et les couleurs ont irrigué la peinture du XIXème siècle, débordant sur le XXème florissant, l’Orient est ici au coeur de cette exposition remarquable, conçue par la commissaire Emmanuelle Almiot-Saulnier qui lui donne une orientation inattendue et passionnante. Trêve d’orientalisme vu et revu, de folklore pictural ayant saturé l’imaginaire collectif, elle invite à regarder autrement ce courant de la peinture, délaissant toute approche convenue pour mieux interroger les œuvres elles-mêmes, leurs sources d’inspiration réelles ou fantasmatiques, et leur influence dans l’avènement de l’abstraction. Pari osé mais réussi, notamment grâce à la présence de cartels éclairants, invitant à entrer dans le mouvement de l’exposition, à en comprendre la structure interne et les choix d’accrochage.

A l’image du sas d’ouverture qui présente en écho deux petits tableaux antithétiques, l’un expressément figuratif, “La Petite Baigneuse” d’Ingres qui date de 1828 (prêt du Louvre) et l’autre,“Décor intérieur” de Paul Klee (1914), flirtant déjà avec la géométrisation architecturale et la prépondérance de la couleur sur le motif, l’exposition “L’Orient des peintres” est un arc tendu entre classicisme et modernité qui explore les sujets de prédilection de l’orientalisme : l’Odalisque et la vision idéalisée de la femme qui lui est affiliée, les scènes archétypales (bains turcs, Hammam et Harem, scènes d’intérieur ou de rue, portraits...), les paysages désertiques envahis de lumière dont l’épure confine à l’abstraction, jusqu’aux expérimentations radicales de Kandinsky. A la sensualité des modèles féminins (baigneuses, danseuses, esclaves…), aux couleurs chatoyantes des tissus et céramiques, à l’arabesque comme forme récurrente, succède l’à-plat des paysages, la monochromie des teintes, le soleil aveuglant, la disparition des ombres et des modulations lumineuses. Le désert est vécu comme une expérience radicale qui modifie le regard et la manière de peindre des artistes. L’Orient devient le lieu du basculement vers l’abstraction, une des voies possibles de la modernité. Tandis que, dans les tableaux de la première partie, l’exposition souligne le hiatus entre l’observation et le fantasme, le voyage et la reconstitution, la déformation des souvenirs, la distance prise avec le naturalisme pur et dur au service de la vision du peintre, les toiles de la suite insistent sur la puissance du vécu à travers l’expérience de la lumière comme point de non retour dans la peinture, avec une parenthèse accordée à l’influence de l’impressionnisme via quelques paysages significatifs de Renoir. 

On croise dans ce chatoiement de toiles des œuvres signées Ingres bien sûr, Delacroix bien entendu, mais également Jean-Léon Gérôme, Thédore Chassériau, un petit Corot magnifique, quelques jolies découvertes d’Albert Marquet, “Le Bain turc” de Félix Vallotton, et puis des artistes moins connus comme Paul Alexandre Leroy, Edouard Debat-Ponsan ou Eugène Fromentin. La traversée est passionnante et renouvelle notre regard sur le courant et la période. 

Par Marie Plantin

L’Orient des peintres
Du Rêve à la lumière
Du 7 mars au 21 juillet 2019
Au Musée Marmottan Monet
2 Rue Louis Boilly
75016 Paris
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