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Le Regard qui s’évade des détenues de Bettina Rheims

La Sainte Chapelle du Château de Vincennes se transforme près de trois mois durant en espace d’exposition, accueillant les portraits de détenues signés Bettina Rheims. Des clichés pas clichés, tout en justesse et retenue.
Regard droit ou fuyant, s’évadant peut-être, les yeux au ciel ou au sol, des femmes posent devant l’objectif. Le fond est neutre, blanc. On ne voit qu’elles. Des portraits grands formats, des femmes de tous âges, de tous styles. Tenue léopard, top sexy, tee-shirt ample ou chemise ajustée, trench couleur crème, robe d’été, tatouage apparent, maquillées ou pas, ces femmes s’exposent dans des cadres aux armatures métalliques qui organisent une scénographie ajourée où l’on déambule d’alcôve en alcôve, à la rencontre de chacune d’entre elles. Des panneaux viennent relayer quelques-unes de leurs paroles, des anecdotes, glanées à leur contact, cocasses parfois, graves le plus souvent, sans que l’on sache à qui les propos font référence. Ces femmes sont des anonymes mais pas n’importe lesquelles. Ce sont des détenues, comme l’annonce le titre de l’exposition. Leur quotidien, c’est la prison, l’exiguïté de leur cellule où elles passent le plus clair de leur temps, ponctué de rares sorties dans une cour murée. Le tableau n’est pas gai. Et les visages de ces femmes ne le sont pas. Rares sont celles qui sourient.

La photographe Bettina Rheims, que l’on connaît pour son travail sexy auprès de stars du cinéma, pour sa collaboration avec Serge Bramly dans une réinterprétation contemporaine des épisodes de la vie du Christ ("I.N.R.I.") ou son exploration de la lisière des genres dans la série “Gender Studies”, entre autres domaines de recherche, s’est vue confier ce projet, encouragée par Robert Badinter. Aventurière de la marge malgré son attrait immodéré pour un glamour clinquant, elle qui aime tant renouveler l’iconographie traditionnelle à la lumière de notre époque et de son propre regard, a accepté le défi, passant des chambres d’hôtel de luxe au confinement de prisons pour femmes avec une aisance confondante si l’on en croit le résultat, qui parle de lui-même. Des photographies sobres et justes qui ne cherchent pas à illustrer la vie en prison mais à rendre à ces femmes une image d’elles-mêmes, une estime de soi perdue dans les oubliettes de leur vie d’avant. Et dans un mouvement de miroir, ces regards venus de loin, de l’intérieur, d’un lieu pénitentiaire qui abolit le temps et l’espace, le ciel et le mouvement, la grâce et la beauté, nous renvoient à nous-mêmes, nous qui sommes libres de déambuler à notre guise de l'une à l'autre. En glissant son oeil derrière les barreaux, Bettina Rheims apporte le plus précieux qui soit, le regard de l’autre sur soi qui est parfois le meilleur détour pour accéder à soi-même. 

Le cadre intemporel de la Sainte-Chapelle, ses gargouilles à l’extérieur, son volume exceptionnel, ses vitraux de couleurs chatoyantes, confèrent à la visite un zeste de sacré, nous renvoyant chacun à notre humanité commune. Un lieu qui fait sens également, le Château de Vincennes, ancienne forteresse royale, ayant servi de prison d’état notoire à partir du XVème siècle, accueillant, jusqu’à la fin du XVIIIe des prisonnières politiques. L’installation photographique, après Vincennes, migrera au Château de Cadillac (du 1er juin au 4 novembre 2018), au passé également carcéral. Sur le temps des deux expositions, le Centre des Monuments Nationaux propose des visites guidées, notamment à destination du jeune public et du public scolaire. L’occasion de se pencher un peu plus avant sur l’Histoire de ces lieux en général et plus particulièrement sur l’histoire de la détention et des femmes en prison.

Ses portraits sont une échappée via le regard, un visage rendu à l’anonymat de ces femmes confrontées à la machine pénitentiaire qui tend à les noyer dans l’ombre.

Par Marie Plantin

Détenues
Bettina Rheims
Du 9 février au 30 avril 2018
A la Sainte Chapelle du Château de Vincennes (avec le Centre des Monuments Nationaux)
Avenue de Paris
94300 Vincennes
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