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Le témoignage photographique de Dorothea Lange s’expose au Jeu de Paume

Le Jeu de Paume fait sa rentrée avec plusieurs expositions concomitantes comme il en a l’habitude. On s’est concentré sur l’espace du rez-de-chaussée consacré à la photographe américaine Dorothea Lange.
Bien sûr il y a ce fameux portrait d’une mère de famille en proie à la pauvreté la plus extrême, devenue le symbole des conséquences désastreuses de la Grande Dépression aux Etats-Unis. Bien sûr ce cliché est d’une beauté déchirante, le regard perdu et soucieux de la femme, ses traits tirés, son front plissé et surtout, la présence discrète et puissante de ses enfants, comme encastrés dans son corps, armure de chair et de vulnérabilité, visages cachés, tournés vers l’envers de la photographie, vers ce hors champ de misère et de détresse qui est le reflet de la situation d’un pays. Mais ce cliché n’est pas le seul, loin de là, Dorothea Lange s’étant fait le témoin iconographique de ces populations marginales, travailleurs ruraux, laissés pour compte, populations déplacées, au long d’une démarche documentaire, anthropologique même, alternant commandes et engagement personnel. 

L’exposition du Jeu de Paume se répartit en cinq sections, chronologiques, la première présentant une petite série datant des premiers pas de la jeune femme dans le métier, alors qu’elle vient d’ouvrir son propre studio à San Francisco et vit de sa pratique du portrait. Mais très vite, Dorothea sort, au contact du monde et de la rue. Marquée par la population pauvre de la ville, par les manifestations de ras le bol, elle empoigne son appareil et témoigne. Il en sera ainsi toute sa vie. Campements de fortune, familles sur les routes, travailleurs agricoles, camps, camions surchargés, cargaisons de sacs et paquets, les photographies de Dorothea Lange captent les visages et les corps de la pauvreté, les exclus de la prospérité, les victimes de la ségrégation raciale, les laborieux qui s’usent la santé dans les champs de pomme de terre ou de coton, les mères de famille harassées, les enfants hagards. Parcourir cet ensemble est d’une puissance émotionnelle bouleversante. Comment ne pas être touché par ces regards sans rêves, ces postures de fatigue, ces mains abîmées par des tâches physiques lourdes, cette sensibilité aux gestes et à leur expressivité, au-delà des mots et des récits, qu'exprime l'œuvre de Dorothea Lange. 

La photographe, toute sa vie durant, aura donné un visage aux invisibles dans une démarche éminemment empathique et politique, dénonciatrice des injustices sociales, témoignant des dommages de la crise économique sur le peuple. Milieu urbain ou rural, son appareil aura arpenté le pays pour nous livrer, aujourd’hui, un regard rétrospectif sur l’envers du décor des Etats-Unis d’Amérique. Historique et humaniste. 

Par Marie Plantin

Dorothea Lange
Politiques du Visible
Du 16 octobre 2018 au 27 janvier 2019
Au Jeu de Paume
1 Place de la Concorde
75008 Paris
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