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Leçon d’anatomie, chirurgie et chorégraphie, par la Compagnie L’Ebouriffée

Non ce n’est pas un spectacle sur Narcisse que nous propose la Compagnie L'Ébouriffée avec sa nouvelle création présentée au Théâtre Paris-Villette intitulée “Nombril” mais une exploration tous azimuts du corps humain à l’adresse du jeune public. 
Elles nous avaient conquis en 2017 avec “Chut ! je crie” qui marquait l’avènement de leur duo burlesque et poétique, surfant sur les terrains du mime, de l’acrobatie et de la danse avec légèreté et sensibilité. Frédérique Charpentier et Françoise Purnode réitèrent l’expérience fertile de leur binôme autour d’un sujet qui leur est cher puisqu’au cœur de l’ADN de la compagnie L'Ébouriffée : le corps. Plus élaboré et abouti que le précédent spectacle, “Nombril” passe un cap dans ses enjeux scéniques et déploie son motif sur tous les terrains, multipliant les angles d’approche tout en gardant une ligne limpide, la découverte étonnée de ce qui se cache sous notre enveloppe corporelle. Leçon d’anatomie burlesque prêtant à la manipulation de l’une par l’autre, à faire des incursions du côté du théâtre d’objet et du théâtre d’ombre, le spectacle est une exploration ludique et sensorielle du corps humain dans un décor épuré et aseptisé de bloc opératoire. L’ambiance est donnée, chirurgicale et clownesque.

Du réseau de ligaments et tendons qui nous parcourt à la forme étrange de notre cerveau en passant par la colonne vertébrale décortiquée de haut en bas avec un arrêt chaloupé sur le bassin, une pause du côté des intestins serpentins pour dénouer une crampe d’estomac, une séance de radios qui transforme le squelette en pantin et un entraînement de sport qui vire au dance-floor pour évaluer le rythme cardiaque, nos deux comparses vont de découverte en découverte avec malice et ingéniosité et font du corps une aventure ubuesque ou dadaïste, un territoire concret à explorer via l’imaginaire de la matière. Et c’est toute notre mécanique interne qu’elles mettent à vue pour comprendre ce qui nous constitue, usant des jeux de notre enfance (chatouilles et bras de fer, colin-maillard…), de la chorégraphie et de toutes les ressources du théâtre gestuel pour mettre nos sens en émois et notre imaginaire en surchauffe.

Longilignes, souples et agiles, d’une élasticité et d’une gémellité physique fascinantes, Frédérique Charpentier et Françoise Purnode jouent de leur corps comme de deux instruments au diapason et s’accompagnent en direct à l’aide d’une tablette et d’un micro qui amplifient les sons et voix liés aux mouvements et situations. Le dispositif est ingénieux et fonctionne à merveille, il confère à chaque étape son atmosphère et souligne la dimension comique éminemment présente tout du long tandis que la composition musicale originale dynamise l’ensemble avec justesse. Les enfants rient beaucoup, ils adhèrent indéniablement à la proposition autant que nous, adultes, conquis par l’éclectisme et l’inventivité des scènes. 

Et si les organes peuvent ici se ranger dans des bocaux de cuisine, le corps ne s’offre pas moins à nos sens et à notre imaginaire dans toute l’étendue de son mystère et de la poésie qu’il libère. 

Par Marie Plantin

Nombril
Du 9 au 23 février 2020
Au Théâtre Paris Villette
211 Avenue Jean Jaurès
75019 Paris
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