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Les Franglaises ou l’esprit de troupe porté à des sommets chantants

“Les Franglaises” prolongent à Bobino et pour cause. Le spectacle est réjouissant au plus haut point, il fait un bien fou dans l’ambiance anxiogène de l’époque et révèle une troupe sacrément talentueuse. Autant l’avouer d’emblée, on n’a pas boudé son plaisir.

Pour l’écrire en toute franchise, je n’aurais pas misé sur ce spectacle de prime abord, je suis parfois rattrapée par des préjugés de bas étage à l’égard des gros succès populaires. J’y flaire un peu rapidement j’en conviens l’opération marketing, le divertissement facile et sans âme fabriqué sur des recettes efficaces mais artistiquement stériles. Or, plus que tout je redoute également les chapelles, les familles ennemies, les jugements hâtifs, les regards de biais et les visages hautains. Et ce n’est pas parce que mon élan premier me mène dans les salles du théâtre subventionné que je vais pour autant ignorer le théâtre privé, riche de spectacles éclectiques et de talents enthousiasmants. Les querelles intestines, non merci. Alors j’ai mis le cap sur Bobino un soir de février pour découvrir ce spectacle qui joue les prolongations jusqu’à l’été parce qu’il remplit sa jauge avec panache et convoque un public toujours nombreux et varié, à en croire le paysage humain dans les rangées de sièges. Des adolescents, des familles, des jeunes, des couples, au coude à coude avec le troisième âge, la définition la plus magnifique du grand public est là sous nos yeux. “Les Franglaises” est assurément un spectacle musical transgénérationnel.

Pendant que nous prenons place dans cet ancien music hall mythique de la rue de la Gaîté, les artistes sont déjà sur scène, s’échauffent, se mettent en place, détendus et confiants, prompts à la convivialité et à l’interaction avec le public. Et voilà que ça démarre, bam ! Première chanson selon le principe de base du spectacle qui lui confère son titre, reprendre en français des tubes du répertoire anglo-saxon. Et le public invité à deviner la référence originale. Là, ça y est, on est déjà à fond, comme tout le reste de la salle. On se prend au jeu à la première seconde. Déjà, parce que l’idée fonctionne du tonnerre, on ne va pas le cacher. Le concept est drôlissime, ludique à souhait, il nous replonge dans des airs de notre enfance ou jeunesse et nous révèle des paroles croustillantes auxquelles on n’avait jamais vraiment prêté attention, des textes parfois absurdes au dernier degré, parfois bas de gamme, et on se poile en les écoutant pour la première fois en français. Le décalage fait office de distanciation humoristique. Le pari est gagné, on rit haut et fort. Queen, les Beatles, les Spices Girls, les Beach Boys, Frank Sinatra, Gloria Gaynor, Cindy Lauper… le répertoire brasse large, traverse les styles et les époques, il parle à tous et surtout, oh grand surtout, il est réactivé par une troupe phénoménale, sel de ce show pétaradant qui ne se contente pas d’enchaîner les chansons comme on le croyait mais développe un fil narratif efficace et fûté et des personnages typés très incarnés.

Les interprètes y sont tout feu tout flamme, bourrés de talents, chantant, dansant, jouant la comédie avec un peps et un sens du comique imparable. On est bluffé par leurs multiples casquettes, leur allant vivifiant, leur technique vocale, leur maîtrise instrumentale et leurs capacités physiques qu’on ne soupçonnait pas au départ. Le groupe est homogène et surprenant, pas un ne pêche et chacun connaît à un moment son quart d’heure de gloire qui met en valeur chacune de leurs personnalités scéniques. Tous ils sont autant attachants qu’hilarants et on se régale de leur performance individuelle et collective. Car l’esprit de troupe règne ici pleinement et la joyeuse complicité des interprètes est communicative. Mention spéciale à Claire Pérot alias Babeth, l’inoubliable Sally Bowles de la comédie musicale “Cabaret” qui, sans pour autant tirer la couverture à elle, est époustouflante de A à Z. Ayant récemment intégré la troupe des “Franglaises” (elle joue en alternance comme pas mal d’autres), elle confirme ici qu’elle est une artiste totale rare qui a le show dans la peau. Qu’elle joue, chante ou danse, elle véhicule une puissance d’interprétation phénoménale. L’écouter et la regarder est un cadeau tant cette artiste a de la générosité à revendre. Son rapport à la scène est de l’ordre du génie et sa prestation, aussi remarquable soit-elle, ne fait pas d’ombre à ses formidables partenaires, ce qui est aussi la marque des grands. Respect total, pour elle et pour tous.

Par Marie Plantin

Les Franglaises
Du 9 octobre 2019 au 20 juin 2020
A Bobino
14-20 Rue de la Gaîté
75014 Paris
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