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Les fulgurances de Lazare, Ismaël, Jésus et les autres

Après avoir été créé au TNS (Théâtre National de Strasbourg) où Lazare est artiste associé, après être passé par le Théâtre de Gennevilliers, “Je m’appelle Ismaël”, le dernier né du cerveau en surchauffe de notre poète tout terrain, se taille une place de choix dans la programmation du Théâtre de la Ville et se joue dans sa salle du Théâtre des Abbesses du 4 au 8 juin.
Ceci n’est pas un spectacle, c’est une bourrasque. Ebouriffante et oxygénante. Une marmite bouillonnante, explosive et fumante, sans recette en bonne et due forme, un conglomérat d’idées fantasques, de réflexions personnelles, d’interrogations criantes, un mix de douleur, d’humour et de joie, une bouffée d’énergie ravageuse, la réunion fracassante de nombreux talents. Comédiens, chanteurs, musiciens, danseurs, chez Lazare, on sait tout faire, on pratique la scène à 100%, sans se ménager. Jouer s’y apparente à de la haute voltige, à l’image de ces envolées lyriques qui tout à coup s’échappent du corps puissant d’Odile Heimburger, violoniste à ses heures également. A l’image des multiples facettes de Laurie Bellanca, prompte à attraper sa flûte traversière, donner de la voix, danser le French Cancan, stupéfiante de maîtrise de bout en bout, sa beauté comme une radiation, un aimant. A l’image d’Anne Baudoux, la plus fidèle des fidèles, qui chaque fois nous révèle un autre éclat de sa palette. A l’image de Thibault Lacroix, habité par la grâce de son rôle et le génie du jeu, assurément. A l'image de tous les autres qu'on ne peut citer totalement tant ils sont nombreux et sacrément doués, impliqués, engagés corps et voix dans cette aventure hirsute et chevaleresque. En apparence, c’est un joyeux bordel mais mon Dieu, tout cela tient pourtant debout, dans une construction d’ensemble avec fondations coriaces, et l’on ne décroche pas un instant de ce récit tonitruant qui semble pourtant toujours au bord de péter un fusible, au bord d’abdiquer son trop. Mais toujours il avance, en fanfare, l’imagination et le rêve pour étendard, la nécessité pour moteur, caressant sa propre folie pour ne pas céder aux perversités de la raison raisonnable, raisonneuse et raisonnante, déconnectée du réel en réalité. 

Ceci est un spectacle très vivant, que dis-je vivant, à vif, insensé mais non dépourvu de sens, cacophonique mais non sans mélodies, diablement rythmé, du théâtre qui dans son ventre ingère cinéma et musique, du théâtre sous perfusion d’urgence. Urgence à créer, urgence à rêver, urgence à questionner le monde d’aujourd’hui, la société post-attentats, ses violences et ses haines, ses intolérances et ses carcans, ses croyances et l’enfance, l’ignorance traîtresse et le sujet de l’intégration, toujours pas réglé, celle des trous de l’Histoire, qui innervent chaque création de Lazare. La différence comme une menace, l’Histoire comme un écartèlement. Et la possibilité de créer, toujours remise en question, malmenée par les détenteurs du mode d’emploi bien sous tous rapports. Et Lazare de questionner, sans relâche, d’inventer, non stop, de laisser libre cours à son imagination qu’il a débordante et rebelle, libre et joueuse. Pour cela, il en passe cette fois par la science-fiction, déroule une histoire rocambolesque qui ne se refuse rien, puise allègrement dans la culture de masse, terreau commun tellement expressif, Batman, Hulk, E.T., Star Wars, Madonna, qui côtoient sans complexe Jésus, Le Caravage, Gérard de Nerval ou le Requiem de Mozart. Et last but not least, “La Soupe aux choux” de Jean Girault se taille une part de choix dans le gâteau des citations et références. Mais on n’en dira pas plus. Rien de tel que de le vivre ce spectacle fleuve qui une fois de plus porte haut la poésie frénétique de Lazare.

Par Marie Plantin

Je m’appelle Ismaël

Du 21 mars au 1er avril 2019
Au T2G - Théâtre de Gennevilliers
41 Avenue des Grésillons
92230 Gennevilliers

Du 4 au 8 juin 2019
Au Théâtre des Abbesses
31 Rue des Abbesses
75018 Paris
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