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Les Peintres Naïfs exposent leurs atours et leur diversité au Musée Maillol

La sélection est superbe et fait la part belle à ces peintres dit “naïfs” qui essaimaient leurs toiles riches de détails et de minutie, cultivant les couleurs vives avec prodigalité, dans la première moitié du XXème siècle. Le Musée Maillol rend grâce aux maîtres naïfs par le biais de ses artistes les plus emblématiques. 
Cette exposition est luxuriante, toute en couleurs chatoyantes, en traits ciselés, en motifs variés, en détails savoureux. Le Musée Maillol consacre son exposition de rentrée aux peintres dit "naïfs" qui doivent leur appellation aux collectionneurs qui les ont accompagnés et soutenus, se sont intéressés à leur production, à l’écart des mouvements artistiques plus identifiables, et ont largement contribué à leur visibilité. Dina Verny, célèbre muse de l’époque et fondatrice du Musée Maillol en faisait partie, l’écrivain surréaliste André Breton également. Quant à Wilhem Uhde, il eut un rôle majeur et influent, organisant deux expositions mythiques (“Les Peintres du Cœur-Sacré” en 1928 et “Les Primitifs Modernes” en 1932) regroupant ces peintres qui ne se connaissaient pas entre eux. C’est ainsi que le Musée Maillol entend rendre justice à ces collectionneurs de la première heure, dénicheurs de talents et soutiens indispensables, autant qu’à ces artistes autodidactes parfois injustement méprisés pour leur parcours atypique hors des sentiers académiques et réduits au caractère enfantin de leurs toiles, ce qui est un tort. Et la technique à l’oeuvre dans les tableaux exposés prouve à quel point chacun d’entre eux alliait savoir-faire et vision claire. Car si une certaine esthétique identique se retrouve d’un peintre à l’autre, l’identité de chacun est aussi reconnaissable entre toutes. Et cette diversité stylistique fait le sel de cette exposition rayonnante de ses multiples facettes et de ce goût pour des chromatismes contrastés et flamboyants qui irradient de toile en toile.

Les sous-bois verdoyants du Douanier Rousseau, les compositions florales de Séraphine Louis, les couleurs éclatantes, presque fluorescentes et les formes girondes des figures féminines de Camille Bombois, le rapport entre personnage et paysage chez André Bauchant, la palette mélancolique de Dominique Peyronnet, le trait dentelé de Louis Vivin dans ses paysages urbains, j’en passe et d’autres, et chez tous, cette absence de hiérarchie spatiale, cette façon bien à eux de se moquer des règles classiques de la perspective pour privilégier le collage des plans, les aplats. Cette exposition miroite du style pictural de chacun et des rapprochements entre tous, et c’est un enchantement de parcourir ce corpus qui associe avec une rare maestria sens du trait et de la couleur. Le parcours est thématique, jalonné de textes explicatifs remettant en contexte chacun des peintres abordés. On retrouve quelques tableaux emblématiques du Douanier Rousseau, le plus connu de tous, on se pâme devant les explosions végétales de Séraphine Louis qui viennent enflammer de leurs grands formats la vaste salle du rez-de-chaussée partagée avec les scènes forestières de ses confrères. Et si l’on termine l’exposition par un autoportrait d’André Bauchant au centre d’une composition bucolique et fleurie, c’est par la ville, en l'occurrence Paris, que s’ouvre le parcours, les quais de Seine, Montmartre, les jardins du Palais-Royal, suivis par des paysages périurbains croqués avec finesse et ce mélange propre aux Naïfs de réalisme et d’étrangeté. La reproduction du réel n’est pas leur souci premier mais chaque tableau s’attache à toucher du doigt une qualité de représentation détaillée dans laquelle les sujets en jeu sont traités avec un égal soin, sans valorisation de tel ou tel motif. L’infiniment petit au dernier plan y bénéficie d’autant d’attention que ce qui se passe au premier plan. Après les paysages urbains et les portraits, place aux natures mortes gastronomiques et aux bouquets de fleurs accrochés en regard des tables généreusement garnies. Puis vient la mer avec une série magnifique signée Dominique Peyronnet avant une petite escapade érotique en gros plan menée par Camille Bombois, adepte des chairs fraîches et voluptueuses, et surtout, des cadrages sans équivoque.

On parcourt avec régal les coquettes salles du musée Maillol dont la moquette change de couleur au gré des ambiances, passant du jaune au vert et au rose pâle. Et on se balade avec un plaisir non dissimulé dans l’univers pictural des Naïfs qui n’ont rien perdu de leur charme et de leur délicate singularité.

Par Marie Plantin

Du Douanier Rousseau à Séraphine
Les Grands Maîtres Naïfs
Du 11 septembre 2019 au 23 février 2020
Au Musée Maillol
61 Rue de Grenelle
75007 Paris
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