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Les Singulières Merveilles de l’Outsider Art Fair

C’est la foire de l’art en ce moment à Paris. Exactement sur les mêmes dates que la célèbre FIAC, grand raout de l’art contemporain installé sous la verrière du Grand Palais, se déploie une autre foire sous une autre verrière, l’Outsider Art Fair à l’Atelier Richelieu, consacrée à l’art brut dans toute sa merveilleuse diversité.
On ne peut pas être plus au cœur de Paris que dans la rue de Richelieu, à mi-chemin entre le Palais de la Bourse et le Palais Royal. C’est pourtant dans cette zone ultra centrale de la capitale que s’installe un événement phare dédié à l’art de la marge, l’art dit outsider ou art brut. Sur deux étages chapeautés d’une superbe verrière, de multiples galeries du monde entier y exposent leurs protégés, artistes défunts ou bien vivants pratiquant leur art en dehors des cotes et des marchés officiels, en dehors des institutions et des routes balisées, parfois même entre les murs d’hôpitaux psychiatriques où ils sont repérés. 

Une aquarelle d’Henry Darger ouvre le bal, accrochée dès l’entrée, représentative de l’oeuvre de cet artiste obsédé par la représentation de petites filles, bien souvent nues, en milieu bucolique. Le ton est donné. Ici, tout est possible, l’exploration de notre part d’ombre, de notre côté obscur n’est pas à prendre à la légère, l’enfance et la mort se côtoient sans écran, certaines œuvres donnent froid dans le dos tandis que d’autres, plus lumineuses, évoquent une forme de spiritualité dans la pratique artistique. On navigue dans une sorte d’envoûtement permanent dans ce foisonnement de peintures, sculptures, dessins, photographies, expérimentant une diversité de techniques ahurissantes. Tissu, bois, céramique, mosaïque, toile, papier… les supports utilisés sont pléthores, autant qu’est colossale la créativité mise en jeu dans chaque présentation. L’accrochage est dense, obligeant le regard à se frayer un chemin du sol au plafond quasiment, pour appréhender toutes les propositions. 

Dans la première salle, l’espace consacré à la Andrew Edlin Gallery nous happe avec les photographies coquines d’Eugene Von Bruenchenhein, connu pour avoir passé des années durant sa propre femme au crible de son appareil photo. Modèle exclusif, celle-ci apparaît souvent dénudée, dans des poses suggestives, telle une pin-up de magazine. Mais on est loin du cliché papier glacé et ce rituel de mise en scène entre mari et femme a quelque chose d’on ne peut plus fascinant et touchant. A côté, les cathédrales imaginaires de Marcel Storr à l’encre de couleur, graphite et vernis, nous émerveillent tandis qu’on reste stupéfait devant l’assortiment de chaises miniatures en bois fabriquées par John Byam. Dans le couloir qui longe l’escalier central sur la droite, les œuvres peintes à la tempera de Mina Mond valent terriblement le détour, surtout ses retables païens dont les portes sont sculptées dans le bois, pyrogravées même, les poignées en crin de cheval. Un travail d’une minutie extraordinaire. Un peu plus loin, on est conquis par les céramiques déchirantes de Florence Thomassin qui militent en silence pour les droits des enfants et des animaux, trop souvent soumis à la cruauté humaine. Son “peacetolet”, arme à feu d’où jaillit une fleur rouge sang, tire sa force de son minimalisme symbolique, de même que ses “bouteilles d’agonie”, pleines d’un sang coupable et honteux. Juste au-dessus les petits théâtres miniatures conçus à partir de toile de jouy par Sophie Duf revisitent avec humour et irrévérence les sages scènes pastorales des papiers peints de nos grands-mères. Bien vu. Et puis il y a la série d’aquarelles d’Hélène Blanc, accrochées à la verticale, dans des petits caissons fluorescents, des personnages irradiés par la couleur diluée de leur humeur, de leur état intérieur. Dans la même salle s’exposent les énigmes poétiques et scientifiques de Melvin Way, lauréat du Prix Art Absolument de l’année dernière.

On pourrait bien sûr en citer tellement d’autres, tant ce fourmillement recèle de perles, d’approches surprenantes, de personnalités étonnantes. Bien sûr, les œuvres sont à vendre, c’est le principe d’une foire. Pourtant on se dit en sortant dans la cour de l’Atelier, que ce n’est pas là la foire de l’art mais la foire de la vie dans son éventail d’expressions infinies, dans ses aspérités non lissées, dans toute sa force et sa fragilité.

En regard de l’exposition, Michèle Lamy, alter ego du créateur Rick Owens, qui développe depuis des années ses propres événements artistiques sous le titre de “Lamyland”, a été invitée à présenter quelques performances de son cru (vendredi soir et dimanche) tandis qu’un programme de débats prendra place samedi à l’Hôtel Drouot et à l’Atelier Richelieu. Pour en savoir plus sur le détail de la programmation, rendez-vous sur le site >>

Par Marie Plantin

Outsider Art Fair Paris
Du 18 au 21 octobre 2018
A l’Atelier Richelieu
60 Rue de Richelieu
75002 Paris
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