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Les taupes de Philippe Quesne rentrent au bercail

Nanterre-Amandiers remet ses pendules à l’heure des grottes et autres recoins caverneux de notre imaginaire, territoires de nos rêves et cauchemars, de notre primitivisme enfoui et de l’enfance en nous jamais tarie. Car les spectacles de Philippe Quesne ont la vie longue, ils voyagent et reviennent au port. Vu à l’automne 2016, “La Nuit des taupes” revient au bercail à partir de ce soir.
A l’heure des technologies les plus avancées et du virtuel galopant, Philippe Quesne invite à renouer avec la matière et sa poésie inhérente, "bachelardienne" même. Dans "La Nuit des taupes", sept spécimens débarquent dans une boîte scénique par un tunnel de fortune, comme on découvrirait un territoire vierge, inexploré, et s’installent avec leur mode de vie bien à eux, qui nous rappelle bizarrement le nôtre. Prise de contact avec leur nouvelle aire de jeu, construction et destruction, organisation du groupe et détachement d’individualités, naissance (scène d’accouchement) et mort (scène d’enterrement), accouplement, travail, bagarres, orgies de boyaux, loisirs et activités créatives - nos taupes se révèlent musiciennes et se piquent de graffer les murs de leur habitacle, comme les hommes préhistoriques dessinaient sur les parois des cavernes. C’est un microcosme animalier à la fois enfantin (ce ne sont en somme que de grosses peluches enfilées par des comédiens-musiciens) et inquiétant (leur bestialité et leur sauvagerie ne sont jamais loin) dans lequel les taupes ne sont jamais autant humaines que lorsqu’elles jouent (guitares électriques, batteries, theremin…), telles une bande de jeunes réunis dans le sous-sol d’un immeuble, regroupés dans une cave exiguë pour faire de la musique la nuit.

Et c’est là la patte de cette création de Philippe Quesne, un spectacle à la fois punk et grotesque, sans parole et pourtant bruyant, populaire et underground, primitif et ultra contemporain, carton-pâte et artisanal tout en étant extrêmement élaboré avec un travail percutant sur les lumières et les contre-jours. On oscille entre théâtre d’images (léchées, splendides, comme souvent chez le metteur en scène et là encore plus que d’habitude), mixant marionnettes, théâtre d’objets et d’ombres, muet et burlesque, d’une part, et science-fiction apocalyptique et tragique sur fond de rock indé destroy d’autre part. "La Nuit des taupes" sonne comme un retour aux sources, à nos ancêtres préhistoriques autant qu’à l’enfant que nous étions qui n’aimait rien tant que se fabriquer des grottes improvisées avec un drap, une couverture, une table et des chaises, pour mieux s’y terrer et rêver tout son saoul, loin de la présence embarrassante et intrusive des adultes. Car, au-delà de ses connotations philosophiques, en l’occurrence platoniciennes, la caverne est un havre hors du tumulte du monde, un lieu clos où se réunir dans la marge, autant que la cavité qui renferme nos peurs profondes, ensevelissement, obscurité, isolement. Les taupes de Philippe Quesne portent en elles la mémoire des grottes de notre enfance.

Par Marie Plantin

La Nuit des taupes
Du 17 au 20 avril 2019
A Nanterre-Amandiers
7 Avenue Pablo Picasso
92000 Nanterre
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