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Mary Cassatt, peintre impressionniste américaine, réhabilitée par le musée Jacquemart André

Le Musée Jacquemart André expose actuellement l’artiste impressionniste américaine Mary Cassatt, injustement restée dans l’ombre des peintres masculins que l’Histoire de l’Art a retenu, Degas et ses confrères de la même époque. 
Mary Cassatt. Qui connait son nom ? Qui connait sa peinture ? L’œuvre de l’artiste américaine n’a malheureusement pas eu le même rayonnement que celui de ses confrères masculins français, Degas, Manet, Monet, Renoir et consorts. Et pourtant. Mary Cassatt fut prolifique, elle maîtrisait les techniques picturales à la perfection et joua un rôle essentiel dans la diffusion du courant impressionniste aux Etats-Unis, son pays de naissance. Une véritable ambassadrice de ce courant moderne qui rompit avec la veine classique et se déploya dans la seconde moitié du XIXème siècle en France. Née d’une riche famille de banquiers américains d’origine française, Mary Cassatt avait le pedigree idéal pour faire le lien entre les deux continents. Elle poursuivit un premier cursus d’études à l’Académie des Beaux-Arts de Pennsylvanie avant de traverser l’Atlantique. Mais à l’époque, en 1865, l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris n’acceptait ni étudiants étrangers ni femmes en son sein. Qu’à cela ne tienne, il en fallait plus pour dégonfler la jeune femme, sûre de sa voie. Elle suit les cours de Jean-Léon Gérôme avant d’exposer à plusieurs reprises au Salon de Paris et de faire la rencontre de Degas qui l’introduira dans la tribu impressionniste, et avec qui elle nouera une longue et riche amitié artistique.

L’exposition s’ouvre avec ses toiles du début, dont les teintes sombres, les couleurs denses, contrastent avec la suite et l’éclaircissement de sa palette, les couleurs pastels prenant le dessus, la lumière se déployant sur l’ensemble des toiles à venir. Les portraits prédominent, la spécialité de Mary Cassatt, qui prend ses modèles dans son entourage, peint sa famille, ses frères et soeurs et leurs enfants dans des poses issues du quotidien. On nage en plein impressionnisme, dans le choix et le traitement du sujet, les techniques utilisées, le souci de l’immatériel (l’atmosphère, la lumière) autant que des matières (vêtements, robes, tissus, étoffes…). Un grand calme émane de ses toiles, la bienveillance d’un regard, et par-dessus tout, le souci du rendu, l’obsession de la peinture. On est également frappé par la diversité de son savoir-faire. Issues d’un projet commun avec Degas, la réalisation d’un journal d’estampes, qui finalement n’aboutira pas, quelques œuvres confirment la virtuosité tout terrain de Mary Cassatt. A la pointe sèche, aquatinte et vernis mou, ces petits formats sont de vraies splendeurs de précision, de délicatesse, de sensibilité. Un essayage de robe, le câlin d’une mère à son enfant, une femme à sa toilette ou finalisant une lettre, ces croquis en couleurs pris sur le vif, nous éblouissent de leur finesse, excellent dans le saisissement de poses intimes captées dans la vie courante, la vie toute simple, le terreau des impressionnistes en somme.

Mais le sujet de prédilection de Mary Cassatt fut incontestablement l’enfance et les deux dernières salles en témoignent tout particulièrement avec des toiles merveilleusement émouvantes. Celle qui n’eut jamais d’enfant sut comme personne les saisir en des portraits gracieux, au pastel souvent. Velouté de la peau, modelé des visages, c’est surtout leur regard rêveur, leur langueur, qu’elle évoqua à la pointe de ses pinceaux attendris. Sa signature. La dernière salle, celle des “Madones modernes”, une série de mères à l’enfant, revisite ce motif séculaire de la peinture religieuse pour l’ancrer dans la proximité du quotidien, en des scènes d’intérieur ou bucoliques d’une exquise douceur. Ce qui est très beau dans ces tableaux, c’est le rendu de ce lien physique inimitable qui unit la mère à son enfant, les points de contact, les bras qui portent et enlacent, l’enfant qui s’abandonne, confiant, et ce temps infini de l’enfance qui émane de ses toiles, la torpeur et l’ennui, indispensables à la sensation de vivre.

Mary Cassatt se proclamait ouvertement féministe et son mode de vie en témoigna. Elle qui consacra son existence à l'exercice de son art, concentra une grande partie de son attention à peindre les femmes de son époque, en des situations peu approchées par d’autres peintres. Des images de maternité simples, des femmes prises sur le vif dans l'exercice de leur fonction maternelle, loin des clichés du foyer étouffant, des scènes radieuses et chaleureuses de complicité mère/enfant qui viennent capter des instants de grâce, mettre en lumière l’un des visages de la maternité, ce corps à corps physique avec l’enfant et la plénitude de ce lien, à nul autre pareil. L’harmonie dans les petits riens, la douceur de vivre dans un câlin.

Par Marie Plantin

Mary Cassatt
Une Impressionniste américaine à Paris
Du 9 mars au 23 juillet 2018
Au Musée Jacquemart André
158 Boulevard Haussmann
75008 Paris
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