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Monologue sous haute tension, ivresse verbale et impact maximal

Vu en 2011 à la Ménagerie de Verre, “Kolik” revient huit ans après à Beaubourg. Petite forme, puissance maximale. Un seul en scène logorrhéique et vertigineux dans lequel excelle le comédien Thierry Raynaud, littéralement habité par le verbe qu’il déploie.
Ecrit par Rainald Goetz, auteur contemporain allemand, “Kolik” est le troisième volet d’une trilogie intitulée "Krieg" (“Guerre”). Le premier tome est consacré à la guerre dans la société contemporaine, le deuxième évoque quant à lui le conflit dans la sphère familiale, tandis que le troisième et dernier se préoccupe de l’état d’être d’un individu lambda au seuil de sa mort, une conscience qui bataille avec elle-même et sa propre solitude.

D’emblée on est happé par l’espace. Immaculé. Tranchant et tranché. Une table en avant-scène jonchée de verres en rang d’oignon, militairement disposés. Attablé, un homme parle et sa langue est hachée, sans dessus dessous, brute et brutale. Il se vide de ses pensées en une logorrhée vertigineuse tandis que dans le mouvement inverse, il vide un à un les verres empilés et alignés par dizaines devant lui. Les mots sortent, comme furieux, s’extraient de son corps comme des entités indépendantes, en un désordre qui dépasse la raison, le sens, la logique. Le geste de boire, lui, se répète à l’identique. Indéfectible et régulier. Cet homme s’enfile des verres comme on se jette dans le gosier un shot de vodka, cul sec, sans hésitation. Buvant comme s’il n’y avait pas de lendemain. Se confessant comme s’il n’y avait pas d’oreille pour écouter. Brassant en un même discours en apparence sans queue ni tête, la vie, la mort, la haine, la science, la musique… L’effet est fulgurant. C’est une injection de poésie sonore par intraveineuse. Un réveil en sursaut de zones camouflées de notre cerveau. La langue contemporaine de Rainald Goetz nous parvient dans toute son immédiate violence, sa nécessité d’être incarnée pour exister, ses paradoxes inhérents (noirceur et lumière, folie et clairvoyance, désespoir et intérêt pour le monde, haine éructée et amour entier).

“Kolik” ausculte la conscience d’un individu au bord du miroir, celui qui, au moment de passer de l’autre côté, nous renvoie notre âme en pleine gueule, ses déchets mis de côté et ses questions sans réponses. Travaillé par la langue et la travaillant lui-même, Hubert Colas (à la tête de la Diphtong Cie) met en scène ce texte en une épure élaborée où chaque élément de la composition trouve son accomplissement dans la globalité de l’ensemble : frontalité de la scénographie, volume et dessin tracé par le jeu des lumières, émission de la parole, degrés de tension physique du comédien. En praticien aguerri de son art et fin connaisseur de la chose écrite, le metteur en scène réfléchit sur la scène l’essence du verbe couché sur le papier par cet auteur radical. Comédien complice et fidèle, Thierry Raynaud en est le passeur magistral, celui par qui le miracle arrive : la transmission d’un texte difficile, peu aimable et peu audible de prime abord mais saisissant. Sa performance nous laisse soufflé d’admiration. A travers lui, “Kolik” se meut en expérience ultime. Une apocalypse intime. 

Par Marie Plantin

Kolik
Du 24 au 26 janvier 2019
A Beaubourg
Place Georges Pompidou
75004 Paris
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