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Redécouvrir Van Gogh à l’Atelier des Lumières

Après une exposition d’ouverture consacrée à Klimt, l’Atelier des Lumières se tourne vers la peinture de Vincent Van Gogh pour en proposer une approche immersive à la fois scénarisée et mise en musique, correspondant à la nouvelle identité du lieu, ancienne fonderie du XIXe siècle reconvertie en Centre d’Art Numérique.
On n’y avait encore jamais mis les pieds, alors pour “Van Gogh, la nuit étoilée”, la deuxième exposition proposée par l’Atelier des Lumières, on s’est laissé tenter par cette expérience hors du commun qui revisite l’énorme production du peintre hollandais à la vie courte et tourmentée, marquée par les différents paysages qui auront constitué ses cadres de vie successifs, son pays natal, Paris, Arles, la Provence, Auvers sur Oise. Et on n’a pas été déçu du voyage. C’est une autre manière d’entrer dans son œuvre qui s’offre à nous, une expérience intime et intense qui ne vient pas se substituer à la contemplation des tableaux en musées mais la prolonge autrement, sur une modalité d’immersion radicale, inclusive et pénétrante, où la musique vient draper une partition picturale en mouvement permanent, cheminant au fil d’une dramaturgie visuelle et sonore enveloppante conçue par Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto, Massimiliano Siccardi et Luca Longobardi. Car ici, dans l’espace aux volumes hors normes de cette ancienne fonderie datant du XIXe siècle, l’accès aux toiles ne se fait pas selon le face à face habituel et homologué qui constitue le protocole muséal connu et adopté depuis des siècles. Les tableaux ne sont pas physiquement présents mais projetés, agrandis et animés, via un système de technologies extrêmement élaboré, à même les parois et sols de l’espace, s’inscrivant complètement dans l’architecture du lieu. Les œuvres sortent de leur cadre, se propagent et se diluent sur les murs, le visiteur est littéralement englobé, pris dans les mailles de la peinture, il évolue dans le paysage qui devient symphonie de couleurs tandis que les variations de la bande son accompagnent les diverses humeurs des toiles.

Le mouvement est au cœur du dispositif puisqu’il concerne non seulement la peinture de Van Gogh elle-même, tumultueuse et tourbillonnante, riche de spirales et d’arabesques sinueuses, qu’il se poursuit dans le principe même de l’exposition, basée sur des images animées, parcourue d’un flux perpétuel. S’y ajoute la déambulation des visiteurs, habilités à se déplacer où et comme bon leur semble, à accéder à la mezzanine à l’étage qui déploie une vision globale, à arpenter le plateau en bas au gré de leurs envies. Tout bouge et se transforme sans cesse, on passe des teintes solaires inspirées par le Sud de la France aux scènes d’intérieur plus austères, des motifs floraux chatoyants aux visages pittoresques des paysans. On navigue à vue sur un ciel étoilé qui se répand au sol comme une mer sans fin. On marche dans la couleur, on se noie dans ses camaïeux de bleus, on s’immisce au cœur d’un bouquet printanier, on s’émerveille des miroitements de l’eau. La musique évolue au rythme des ambiances et des saisons, ne se cantonne pas à un style en particulier, alterne classique et jazz sans complexe. Vivaldi, Debussy, Nina Simone, composition originale, attisent la portée émotionnelle et la puissance expressive de cette œuvre sans précédent.

La projection monumentale et la relation tridimensionnelle aux tableaux se doublent d’une approche plus pédagogique dans la citerne, gros cylindre imposant planté au milieu de l’espace, qui présente en son sein et de manière plus classique les œuvres phares de l’artiste avec légende complète (titre, date de création, musée). L’exposition Van Gogh se prolonge judicieusement par une séance intitulée “Japon rêvé, images du monde flottant” (réalisée par le Studio Danny Rose), écho à l’inspiration asiatique qui parcourt l’œuvre du peintre. Eventails géants aux impressions fleuries, sous-bois parcourus d’animaux en liberté, mer déchaînée reprenant et démultipliant la célèbre “Vague” d’Hokusaï, bancs de poissons, pieuvres, intérieurs typiques avec cloisons coulissantes, portraits de geishas et de samouraïs, cette création visuelle trouve sa source dans les estampes japonaises qui circulaient en Europe dans la deuxième moitié du XIXème siècle, marquant à jamais les arts occidentaux (impressionnistes, arts décoratifs, musique et danse). Finesse du trait, vitalité et harmonie des couleurs, c’est un enchantement qui apporte un éclairage supplémentaire à la compréhension de l’œuvre de Van Gogh.

Par Marie Plantin

Van Gogh, la Nuit étoilée
Du 22 février 2019 au 5 janvier 2020
A l’Atelier des Lumières
38 Rue Saint-Maur
75011 Paris
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