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Rétrospective Eric Rohmer à la Cinémathèque Française

Un mois durant, la Cinémathèque Française consacre une rétrospective au cinéaste Eric Rohmer et projette nombre de ses films, courts-métrages et documentaires. L’occasion de revenir sur l’itinéraire d’un réalisateur prolifique et unique qui a érigé l’art du dialogue au sommet du genre.
Ancien critique puis directeur des Cahiers du Cinéma dans les années 50, Eric Rohmer a fait partie des cinéastes dits de la Nouvelle Vague, avec Truffaut, Godard, Varda, Rivette, Chabrol et consorts, quand bien même ses films se démarquent et détonnent dans le paysage cinématographique de l’époque. Malgré des débuts sans succès, Rohmer persévère et finira par construire un édifice cinématographique incomparable, une somme filmique d’une richesse inouïe constituée de courts-métrages, films de fiction et documentaires, toutes ses œuvres tournant toujours, quelle que soit leur forme, autour de ses obsessions, ses centres d’intérêts, ses passions.

La Cinémathèque Française lui consacre une rétrospective bienvenue pour commencer l’année 2019 sur les thématiques chères à l’auteur, le flirt et l’état amoureux en ligne de mire, les jeux du hasard et de la séduction, les rencontres imprévues, les contradictions du cœur et les élans du corps, les aléas du désir et les affres de la morale, les flottements sentimentaux, le trouble, l’inquiétude, les certitudes et les doutes, les atermoiements, les emportements, et la grâce, toujours. Chaque film de Rohmer est un bijou, doté d’un charme désuet, et les dialogues, très écrits, en sont la moelle, substantielle et existentielle. Puisant son inspiration dans sa propre observation de la gente humaine, féminine et masculine, dans la littérature beaucoup, dans l’Histoire aussi, Rohmer pratiquait un cinéma d’auteur qui ne ressemblait qu’à lui-même, se moquait bien des modes, de plaire et d’être cool. Et pourtant, il nous parle à toutes et à tous, traverse les générations et distille avec subtilité son aura surannée, sa profondeur et sa légèreté. Sa dimension philosophique reste toujours en phase avec un contexte concret et des situations très pragmatiques. Ici, la théorie ne prend jamais le pas sur la pratique et le déroulement et dénouement de chaque scénario apparaît comme une démonstration en acte, la résolution d’une équation via le récit et la fiction. Rohmer lui-même a réparti sa production cinématographique en plusieurs cycles aux titres évocateurs : "Contes Moraux", "Comédies et Proverbes", "Contes des Quatre Saisons".

Outre une attention ardente au contenu, chez Rohmer, la forme et le fond fonctionnent toujours en adéquation. Les plans sont précis, les cadres soignés, les dialogues filmés dans une dynamique propre au rythme de la pensée ou du sentiment qui s’y exprime sans souscrire forcément au champ / contre-champ parfois plan-plan. Et si les effets de caméra ne sont pas sa tasse de thé, car les enjeux de son cinéma sont ailleurs et Rohmer n’a jamais rien cherché à prouver techniquement, creusant inlassablement le sillon de sa recherche intérieure, de son exploration analytique, le cinéaste a tout de même défriché des contrées nouvelles et modernes, comme dans “L’Anglaise et le Duc” (2001) où il a recours pour la première fois au numérique tout en s’étant octroyé la contribution d’un peintre pour la réalisation de toiles représentant fidèlement le Paris de la Révolution française. Une façon bien à lui d’aborder le passé via les outils du présent et surtout, de mettre la technique au service de son art, en assumant le grand écart, à savoir faire un film d’époque en costumes et confronter la technique séculaire de la peinture aux technologies contemporaines, prouvant une fois de plus son incroyable aptitude à évoluer, son ancrage dans son temps, sans déroger à ses propres goûts et valeurs.

L’intelligence de Rohmer était fine et vive, à l’image des réflexions que charrient et soulèvent les dialogues qu’il écrivait lui-même, lumineux et pénétrants. Son attrait pour la beauté irradie ses films, les détails des décors, les agencements de couleurs, la composition des plans, et ses castings impeccables, notamment le choix, toujours sûr et juste, de ses comédiennes, un must. Lui qui n’a jamais fait tourner les célébrités de son époque, - Juliette Binoche, Emmanuelle Béart, Isabelle Huppert ou Catherine Deneuve n’ont pas mis un pied devant sa caméra -, a toujours préservé son intérêt pour des actrices peu ou pas identifiables (à part peut-être François Fabian dans “Ma Nuit chez Maud”), discrètes mais de tempérament, séduisantes sans chercher à l’être outre mesure. Il a offert ses plus beaux rôles à Arielle Dombasle qui savait se glisser à merveille dans le rythme de ses phrases. Pascale Augier dans “Les Nuits de la pleine lune” y est une girouette délicieuse et de la plus belle espèce. Quand à Marie Rivière et Béatrice Romand, elles ont traversé son cinéma avec un panache rare. Du côté de la gente masculine, le palmarès est de haute volée aussi, et bigarré par dessus le marché. Fabrice Lucchini dans les tous premiers émois de la jeunesse a été fidèle au réalisateur, enchaînant plusieurs films et pas des moindres (“Perceval le Gallois”, “Le Genou de Claire”, “L’Arbre le Maire et la médiathèque”, “Les Nuits de la pleine lune”), Antoine Vitez y fait une minuscule mais radieuse apparition (dans “Ma Nuit chez Maud” aux côtés de Jean-Louis Trintignant), Jean-Claude Brialy est mémorable dans “Le Genou de Claire”, Jocelyn Quivrin illumine son dernier film, “Les Amours d’Astrée et de Céladon”.

La rétrospective qu’offre la Cinémathèque est d’une richesse sans pareille, elle inclut non seulement les courts-métrages du réalisateur mais également ses films documentaires pour la télévision et donne la parole à des personnalités phares de son univers (Marie Rivière, Arielle Dombasle et Fabrice Lucchini) lors de rencontres publiques en marge de la programmation filmique. Pour le détail du calendrier, rendez-vous sur le site de la Cinémathèque par ici >>

A noter qu'en parallèle, du 16 janvier au 5 février, le Louxor consacre également un cycle au cinéaste (pour plus d'infos, c'est par ici >>).

Par Marie Plantin

Rétrospective Eric Rohmer
Du 9 janvier au 11 février 2019
A la Cinémathèque Française
51 Rue de Bercy
75012 Paris