Actualités
vendredi 15 novembre 2019
Le cœur palpitant d’Estelle Meyer chante sa rage de vivre en un rituel musical régénérant
 
Actualités
vendredi 15 novembre 2019
Julien Cottereau, le mime dans la peau
 
Actualités
jeudi 14 novembre 2019
Le “J’accuse” ferme et délicat de Thissa d’Avila Bensalah
 
base

Toucher du doigt le bonheur au MAIF Social Club

A partir d’aujourd’hui, ne cherchez plus le bonheur dans le pré mais courez au MAIF Social Club dans le Marais pour en explorer ses manifestations via une exposition collective aux vertus rafraîchissantes. L’occasion de découvrir un bouquet d’artistes bien d’aujourd’hui qui jouent avec les supports et les matières. 
Bain de couleurs pastels au MAIF Social Club. Ambiance acidulée et printanière, écrin bienfaisant qui nous fait pétiller des bulles de douceur devant les yeux. Mais de mièvrerie, aucune, car la commissaire d’exposition AnneSophie Bérard a le chic pour éviter les écueils et la facilité. Et chaque exposition qu’elle commet entre les murs de ce lieu-parenthèse niché au fond d’une cour au cœur du Marais reflète ouverture d’esprit et sensibilité fine, amour de l’art certes mais surtout amour des artistes. Car c’est toujours à une diversité de regards, d’esthétiques et de supports qu’elle invite à se confronter. Cohérence et cœur, tel pourrait être le credo de ses choix judicieux autant que personnels, instinctifs et réfléchis. 

Du bleu, du jaune, du violet, du rose, du vert, la scénographie signée Constance Guisset accueille merveilleusement les œuvres de ces onze artistes d’origines et d’horizons divers invités à apporter leur touche à cette exposition collective qui glisse du rêve au réel pour mieux appréhender la notion de bonheur. Valeur suprême de nos sociétés occidentales, le bonheur est bien trop souvent réduit à un symptôme de réussite. L’injonction à être heureux nous poursuit et les méthodes pour y arriver pullulent. Et si l’on ré-interrogeait cet eldorado à travers le regard d’un florilège d’artistes d’aujourd’hui ? Car les expositions du MAIF Social Club s’emparent de thématiques qui viennent résonner à juste titre avec des problématiques inhérentes à la société autant qu’à l’époque. Et leur qualité vient de ce qu’elles n’abordent jamais frontalement leur sujet, non qu’elles l’esquivent mais elles le repensent autrement, en expérimentant d’autres angles et approches.

On démarre alors ces “Tentatives de bonheur” au contact d’œuvres à la fois poétiques et oniriques, mettant en présence des éléments naturels traités de manière artificielle, pour mieux en extraire leur pouvoir symbolique. Laurent Pernot met la lune en cage mais sa lumière irradie au-delà des barreaux en un rayonnement solaire, il met en miroir montagne et éternité en une sphère plane et pleine tandis qu’une main passe-muraille tient dans sa paume une boule de cristal faisant miroiter l’océan au présent. Xooang Choi, originaire de Corée du Sud, présente une sculpture hyperréaliste datant de 2015. Un couple nu, enlacé, visages collés regardant dans deux directions opposées. De leurs crânes en contact naît un arbre gigantesque, comme une forêt verticale traçant sa route vers le ciel. Le ciel, on y vient dans la salle d’après grâce à Leandro Erlich (qui vient d’Amérique Latine). Un nuage vaporeux, en forme de souris, flotte, immuable, dans son cadre de verre. L’étape d’après nous confronte à l’illusion de la stabilité, à l’éphémère, à la fragilité des êtres et des choses et nous enjoint à prendre soin de ce(ux) qui compte(nt). Samuel St-Aubin a imaginé une installation cinétique qui, en un cycle continu et répétitif, organise le passage d’œufs d’une cuillère à une autre, sur le principe du relais à bien réceptionner sous peine d’omelette. Une micro chorégraphie réglée comme une horloge mais soumise au tremblement de ses interprètes et à la casse comme possible horizon. Et pourtant, show must go on ! Juste à côté, les pièces de Liliana Porter, exquises de délicatesse, s’apparentent à des miniatures mélancoliques sur la solitude et le temps qui passe. Chaque saynète est d’une poésie infinie pour dire la finitude de notre condition. On change totalement d’univers avec “Le Jardin des délices” de Slimane Raïs. L’immersion est au rendez-vous dans cette boîte rouge tapissée de miroirs qui place le visiteur dans une ambiance nocturne sulfureuse. En écho au tableau du même titre de Jérôme Bosch, l’artiste franco-algérien a exploré la notion de bien et de mal à travers les confessions d’anonymes sur le thème : avouer une faute commise jamais oubliée. On les écoute l’oreille collée sur des boules métalliques, le cœur serré. Un confessionnal peu catholique où les péchés exprimés révèlent avant tout notre humanité. On passe de l’immersion à l’interactivité avec la proposition du duo de Scenocosme qui invite à se confronter à un écran animé et à interroger par la même occasion nos rencontres et relations virtuelles. On enchaîne sur la proposition de Camille Bondon, presque un cadavre exquis, la collecte de petits plaisirs retranscrits sur écran en petites phrases commençant toutes par “J’aime”, la suite étant agencée par ordre alphabétique. Des petits plaisirs qui résonnent avec les nôtres ou pas, mais dans leur collection composent un poème absurde et émouvant. La récolte de Laurent Lacotte qui suit est d’un autre ordre, elle dresse un état des lieux de l’espoir aujourd’hui via une proposition simple et percutante, mobilisant la réaction des quidams via un avis de recherche placardé dans les rues du quartier. Les réponses enregistrées sur le répondeur de la ligne téléphonique mise en place pour l’opération dressent le paysage de nos degrés d’humour et de distance et nous ouvrent au spectre de sa variété. Jean Katambayi, originaire du Congo, invente des solutions artistiques à une problématique répandue dans son pays, la mauvaise distribution de l’électricité et l’inaction de l’Etat à ce sujet. Fils d’électricien, l’artiste crée des sortes de totems en carton, des machines fictives qui ont pour but d’alerter sur cette situation d’urgence. 

On croit alors que l’exposition est terminée mais ouvrez bien l’œil, regardez en l’air, au sol, faites un tour par les toilettes, Benjamin Isidore Juveneton s’immisce dans l’architecture préexistante de l’espace pour y glisser des phrases qui sont comme des pensées échappées d’une tête bien faite et futée. Chacune semble se fondre dans le paysage mural pour mieux nous interpeller dans notre ligne droite. Et pourquoi pas, nous faire bifurquer. On sort de cette exposition un brin flottant, un peu plus léger qu’en y entrant, des horizons et des rêves plein le cœur, le cerveau stimulé. Car chaque artiste exposé apporte son lot de contemplation et son grain à moudre pour l’imaginaire et la réflexion. Et ce bonheur-là est accessible en entrée libre.

A noter qu’à la programmation événementielle, Chloé Tournier fait toujours preuve de flair et de choix enthousiasmants. Mention spéciale côté spectacle vivant avec la venue de Mohamed El Khatib qui présente “C’est la vie”, performance-documentaire autour du deuil et pas n’importe lequel, la perte d’un enfant (jeudi 27 juin à 19h30). Et puis David Wahl viendra proposer son “Traité de la boule de cristal” et nous parler cartomancie en une conférence savante mais pas gonflante (jeudi 16 mai 19h30). Quant au florilège d’activités et ateliers proposés, rendez-vous directement sur le site pour faire votre marché >>

Bon bonheur à tous !

Par Marie Plantin

Tentatives de bonheur
Du 26 avril au 26 juillet 2019
Au MAIF Social Club
37 Rue de Turenne
75003 Paris
Réserver cet évènement