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Un Cyrano jeune public de toute beauté par la Cie Hecho en casa

Voici une splendeur de spectacle jeune et tout public adapté d’un album qui reprend la trame de “Cyrano” pour en livrer une version épurée qui fait honneur à la pièce d’origine.

Drôle de titre à rallonge ! “Caché dans son buisson de lavande, Cyrano sentait bon la lessive”, c’est d’abord l’étrangeté voire l’incongruité de son titre qui est venu émoustiller notre curiosité. Et pourtant, ce titre, avant d’être celui de la pièce, est celui d’un album jeunesse préexistant divinement illustré par Rebecca Dautremer et magnifiquement écrit par Taï-Marc Le Thanh, que les enfants connaissent bien et que la Cie Hecho en casa adapte avec une grâce folle, respectant l’esthétique japonisante du livre et son texte, version simplifiée (mais pas simpliste) du fameux “Cyrano de Bergerac” d’Edmond Rostand, néanmoins fidèle à son intrigue, suivie à la lettre dans son déroulé. L’auteur collabore d’ailleurs à son adaptation scénique transformant certains passages narratifs en dialogues.

Sur scène, trois femmes portent l’histoire et passent avec fluidité du rôle de récitantes à l’incarnation des personnages. Comme un choeur, le trio entre en chantant à l'unisson, associant le geste à la voix, vêtu à l'identique d’amples pantalons beige comme une toile blanche avant d’endosser masques et costumes. C’est un prologue, à la manière du théâtre antique, où les différents personnages à venir sont présentés, chacun associé à un végétal (un minéral dans le cas de Christian, bête comme un caillou) car la nature se répand et s’exprime ici dans un décor de petites plantes vertes posées ça et là comme des ponctuations, un tapis terreux à jardin, un haut mur de mousse central. Sous cloche ou à l’air libre, les fleurs participent de l’esthétique d’ensemble, de sa délicatesse, de sa poésie, de l’oxygène qui se dégage de ce merveilleux spectacle aux accents (visuels, sonores et musicaux) japonisants. Les comédiennes sont formidables, mention spéciale à la jeune fille qui interprète Cyrano. La stylisation des mouvements, leur précision, s’intègre avec subtilité dans une scénographie légère et remarquablement ingénieuse, d’inspiration asiatique elle aussi, tout comme les magnifiques kimonos arborés. Mais l’idée excellente de ce spectacle réside dans l’utilisation des masques et la maîtrise du jeu masqué, agrémenté d’une gestuelle évoquant les arts martiaux. Sa puissance expressive et poétique, son épure, la concentration de l’attention sur la partition physique nous fait penser à certains spectacles d’Ariane Mnouchkine. Et l’on se dit que le jeune public a bien de la chance de pouvoir assister à pareille représentation. “Cyrano”, par la plume pertinente et évocatrice de Taï-Marc Le Thanh, revêt la vertu des contes et légendes orales dont le récit se transmet et se transforme au grès des réécritures successives. La pièce de Rostand accède ainsi à l’aura des récits immortels car toujours réactivés et toujours prompts à nous émouvoir. Taï-Marc Le Thanh en a gardé l’essence, il a apporté sa patte stylistique sans dénaturer la teneur des vers de Rostand ni tenter de rivaliser avec.

On se régale à tous les niveaux face à ce spectacle exquis, mis en scène avec une subtilité admirable par Hervé Estebeteguy qui transpose avec justesse l’univers illustré de l’album de Rebecca Dautremer. Et le récit déchirant et sublime de Cyrano de nous bouleverser une fois encore. Amoureux transi de sa cousine Roxane, Cyrano sera, une fois de plus, condamné, à cause de son appendice nasal surdimensionné, à avancer masqué. Hervé Estebeteguy le prend au pied de la lettre, sans pied de nez et à la fin de l'envoi, nous touche profondément. Superbe.


Par Marie Plantin

Caché dans son buisson de lavande, Cyrano sentait bon la lessive

Du 23 décembre 2019 au 5 janvier 2020
Au Théâtre Douze
6 Avenue Maurice Ravel
75012 Paris

Samedi 14 mars 2020, 16h
Au Théâtre des Sablons
70 Avenue du Roule
92200 Neuilly-sur-Seine
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