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Un Roi du silence à la langue bien pendue

Geoffrey Rouge-Carrassat, retenez bien ce nom, ce jeune homme est pétri de talent. Il se produit actuellement seul en scène aux Déchargeurs, écrin qui lui va comme un gant, et porte admirablement un monologue écrit de sa main, “Roi du silence”.
“Roi du silence”. Le titre évoque l’enfance et ses jeux, le spectacle s’y réfère aussi, est joueur, mais pas seulement. C’est une affaire d’identité, de filiation, d’homosexualité, de secret longtemps caché enfin révélé, c’est aussi l’histoire d’un amour inavoué, que ce “Roi du silence” qui nous attrape là où l’on ne s’y attend pas, sur un sujet somme toute peu original à vue de nez. Mais non. Détrompez-vous, Geoffrey Rouge-Carrassat fait de son coming-out théâtral un récit personnel espiègle et grave, peuplé de punchlines qui font mouche dans la poésie qu’elles recèlent ou dans la justesse d’observation dont elles font preuve, et réalise une performance d’acteur superbe où chaque ingrédient, - texte, rythme, interprétation, scénographie et mise en scène - concorde et contribue à faire de cet objet théâtral une petite perle de finesse et de sensualité, la chambre d’écho d’un univers artistique qui sait allier précision et intensité. Sur scène, un fauteuil daté, une table en bois, une urne posée dessus qui attire immédiatement le regard. Une gerbe de fleurs blanches étendue comme un corps sur la table crée un effet de résonance visuelle avec le matelas blanc étendu dessous. D’emblée, le décor happe, il raconte déjà quelque chose et surtout, il est simple et beau, une évidence visuelle. La suite le sera tout autant. Sobre étant donné les circonstances - le personnage vient d’enterrer sa mère - Geoffrey Rouge-Carrassat s’adresse à l’urne qui lui fait face. Il joue enfin la scène qu’il n’a jamais osé jouer. Il joue sa partition, préparée depuis les tréfonds de son pacte de silence bien gardé, il s’assume enfin, se dévoile en un monologue qui n’a jamais rien de convenu ou de déjà entendu. C’est la fraîcheur et la franchise qui le caractérisent le mieux. Et sa jolie malice qui rend ce texte virevoltant. Mais il ne s’arrête pas là, puisqu’au théâtre tout est permis, puisque sa mère n’est plus, alors allons bon, le comédien invente les réactions de “la daronne” redoutée, il en fait un personnage à part entière et ses métamorphoses successives révèlent un acteur caméléon d’une agilité féline, dansant presque, dosant merveilleusement l’ampleur de chacun de ses gestes. On le suit, hypnotisé par son magnétisme et sa beauté. Corps d’éphèbe effilé, chevelure léonine baudelairienne, visage mouvant au gré des états qu’il traverse, le jeune homme irradie l’espace de sa présence et fait preuve d’une maîtrise lumineuse de son art, d’un sens du rythme utilisé à bon escient, d’une ingéniosité dans l’épure et la portée des effets scéniques. Une tunique noire transparente, une paire de talons et le voilà mère monstrueuse martelant dans la chair de sa progéniture des phrases indélébiles, quelques couvercles de cuisine et deux baguettes et le voilà qui ponctue en musique le chapelet de ses souvenirs, et quand, ondoyant langoureusement sur les draps blancs il rêve sa nuit d’amour avec le voisin du dessus, c’est un sommet de sensualité brûlante. Geoffrey Rouge-Carrassat a la grâce et l’intelligence, gageons que son chemin théâtral sera parsemé d’étoiles. 

Par Marie Plantin

Roi du silence
Du 4 février au 22 février 2020
Aux Déchargeurs
3 Rue des Déchargeurs
75001 Paris
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