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Une ancienne pièce de Pommerat reprise à Nanterre Amandiers

Vu à l’orée de 2015 aux Ateliers Berthier, créé en 2013 bien avant “Ça ira (1) Fin de Louis”, “La Réunification des deux Corées” de Joël Pommerat revient des années après, en cette rentrée 2019 très fournie, à Nanterre-Amandiers, CDN familier du metteur en scène. Une reprise qui s’inscrit dans la mission de répertoire du fief de Philippe Quesne dont la programmation s’hybride avec harmonie entre création contemporaine et héritage théâtral.
En dépit d’un titre aux connotations géo-politiques (incongru dans l’univers de l’auteur-metteur en scène) qui ne laisse en rien présager du contenu de la pièce, Joël Pommerat nous parle d’amour et ce n’est pas une bluette comme on pouvait s’en douter. La thématique peut surprendre, après des spectacles plus concernés par des enjeux socio-économiques que sentimentaux. Autre changement significatif : le dispositif circulaire des deux précédents spectacles (“Cercles / Fictions” et “Ma Chambre froide”) laisse place à une structure spatiale bi-frontale. Le plateau n’est plus une arène mais une aire de défilé, une voie tranchante, une ligne de vie, un lieu de passage que l’on regarde de chaque côté depuis le bord. Pourtant le “style” Pommerat est toujours là : le traitement hypnotique de la lumière, le rythme lancinant et régulier (presque métronomique) des entrées et sorties des comédiens, la construction en saynètes, la distribution (fidélité du metteur en scène à un noyau dur d’interprètes), l’ancrage dans le réel et les échappées oniriques (notamment les ponctuations chantées façon Music Hall), cette atmosphère si singulière, entre familiarité et étrangeté, inquiétude diffuse et malaise profond. A chaque fois, les spectacles de Joël Pommerat sont un peu les mêmes et un peu autres. Ils s’inscrivent dans le sillon d’une recherche plastique et dramatique unique. Ils sont un jalon de l’ensemble, une articulation de l’œuvre globale en train de se bâtir.

Avec “La Réunification des deux Corées”, l’homme de théâtre complet qu’est Joël Pommerat explore un territoire neuf, celui de l’amour, et à sa noirceur habituelle, mêle étonnamment une bonne dose d’humour. Bienvenue on l’avoue, tant son spectacle respire le désenchantement et l’absence totale d’illusions sur le sentiment amoureux. Ces scènes fragmentées éclairent des situations tantôt absurdes, tantôt terrifiantes où le couple est souvent au centre. Son aberration, son malentendu pathétique et ridicule, sont traqués, démontrés scientifiquement par l’enchaînement implacable des scènes. C’est à un jeu de massacre que nous convie Joël Pommerat où l’amour est dézingué sans complaisance. Pas une goutte d’eau de rose dans ce breuvage d’amertume et de désespoir. Malheureux, dérisoire ou pire, inexistant, l’amour est une chimère inaccessible, une histoire que l’on se raconte seul ou à deux pour ne pas sombrer. L’écriture de Pommerat, toujours économe, oscille entre parodie de téléfilm misérabiliste et tragédie du quotidien. On reconnaît son art de la chute qui renverse d’un coup l’interprétation de la situation, sa science de l’ambiguïté qui oblige le spectateur à s’inventer sa propre explication, son sens du mystère, son goût pour le côté obscur de l’être. Signée Eric Soyer, collaborateur régulier de la Compagnie Louis Brouillard, la scénographie minimaliste habillée de lumières tamisées distille une mélancolie tenace sur ce monde funeste qu’est le théâtre de Joël Pommerat. Un théâtre du désastre ordinaire.

Par Marie Plantin

La Réunification des deux Corées
Du 7 au 17 Février 2019
A Nanterre Amandiers
7 Avenue Pablo Picasso
92000 Nanterre
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